BUSCH WILHELM (1832-1908)

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Humoriste allemand, Wilhelm Busch peut être considéré comme l'un des inventeurs de la bande dessinée telle que nous la connaissons actuellement. L'efficacité de ses petites histoires (Max und Moritz, 1865 ; Herr und Frau Knopp, 1876 ; Plisch und Plum, 1882) tient en grande partie à un exceptionnel pouvoir de simplification. Busch plante d'abord son décor, comme au théâtre. Il nous montre les éléments qui, dans un moment, joueront, à leur « corps défendant », un rôle dans l'action. Ces éléments vont s'animer de façon tumultueuse par suite de l'irruption d'animaux ou de personnages, toujours grotesques et caricaturaux. L'immobilité initiale semble être la condition préalable au déchaînement de l'action. Cette action, vite portée à son comble, prend toujours des allures destructrices. Les deux héros favoris de Busch, Max et Moritz, se livrent à des « tours » qui débouchent sur le mauvais goût et la cruauté. L'artiste tire avant tout parti du mouvement, aux dépens de l'invention narrative. Il n'y a pas de temps de repos, pas de rythme qui modulerait le déroulement visuel et y introduirait une respiration. C'est au texte placé sous l'image qu'est dévolue cette fonction rythmique. Il est composé d'au moins deux vers rimés. L'histoire est traitée à la troisième personne, comme une description. Busch n'a pas tiré parti de la « bulle » pourtant connue depuis le Moyen Âge et couramment utilisée par les caricaturistes (Cruikshank, Gillray). Elle permettra plus tard à la bande dessinée de passer du stade descriptif à l'expression d'une subjectivité pluralisée. Le lecteur pourra alors s'identifier à un ou à plusieurs personnages. La figuration narrative telle que la conçoit Busch est encore liée à un mode d'exposition littéraire. Sa spécificité réside dans le fait que l'image joue un rôle conducteur et que le texte lui est étroitement subordonné.

Busch et Töpffer furent certainement les deux dessinateurs du xixe siècle qui ont libéré l'image de son assujettissement à l'écriture. L'image d'Épinal s'appuie toujours sur une volonté d'édification qui trouve son fondement dans le récit oral ou écrit. Avec Busch, l'image cesse d'avoir recours à un référentiel extérieur à elle-même : il la fait passer du stade illustratif au stade narratif.

—  Marc THIVOLET

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BANDE DESSINÉE

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  • Dominique PETITFAUX
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Dans le chapitre « De Töpffer à Outcault, ou d'une naissance à l'autre (1833-1896) »  : […] En Allemagne et en Grande-Bretagne apparaissent à la même époque des héros (ou plutôt des antihéros) d'histoires en images qui marqueront plusieurs générations de lecteurs : les garnements Max et Moritz (1865) de Wilhelm Busch (1832-1908) et Ally […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/bande-dessinee/#i_11913

Pour citer l’article

Marc THIVOLET, « BUSCH WILHELM - (1832-1908) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/wilhelm-busch/