TRUONG CHINH (1907-1988)

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Truong Chinh (de son vrai nom Dang Xuân Khu), demeuré peu connu en Occident, a joué pendant un demi-siècle, et jusqu'à sa mort le 30 septembre 1988, un rôle de premier plan sur la scène politique vietnamienne.

Né le 9 février 1907 près de Namdinh (Tonkin), il se lance très tôt, pendant qu'il poursuit ses études supérieures, dans la politique. Il participe aux grands mouvements patriotiques des années 1925-1926 et adhère dès 1927 à l'Association de la jeunesse révolutionnaire du Vietnam (Thanh Nien) qu'a fondée à Canton Nguyen Ai Quoc, le futur Hô Chi Minh. Il prend part en 1929-1930 à la mise sur pied du Parti communiste indochinois (P.C.I.), mais, arrêté en décembre 1930, il est condamné à douze ans de réclusion et interné à Sonla. Ayant bénéficié en 1936 de l'amnistie décrétée par le gouvernement Blum, il devient avec Pham Van Dong et Vo Nguyen Giap l'un des dirigeants de l'appareil légal du Parti communiste au Tonkin. Avec Giap, il publie en 1937-1938 une enquête approfondie, La Question paysanne. En septembre 1939, quand les autorités françaises interdisent les activités communistes, il passe dans la clandestinité et, en octobre 1940, il est coopté par les membres du comité central du parti. Lorsque, en mai 1941, le P.C.I. (dont le comité central s'est réuni sur la frontière chinoise à l'initiative de Nguyen Ai Quoc revenu d'Union soviétique et de Chine) décide de créer le Front Viet Minh (Front pour l'indépendance du Vietnam), Dang Xuân Khu est élu secrétaire général du parti. En août 1945, il est membre du Comité national de libération qui lance l'ordre d'insurrection générale. Une semaine après, le Viet Minh s'est emparé du pouvoir dans tout le pays.

Dans la République démocratique proclamée par Hô Chi Minh, Dang Xuân Khu demeure dans l'ombre, et le parti doit même se dissoudre officiellement (nov. 1945) pour mieux se dissimuler derrière le Front Viet Minh. Dang Xuân Khu (qui a pris le pseudonyme de Truong Chinh, c'est-à-dire Longue Marche) est probablement un de ceux qui ne croyaient pas au succès des négociations avec la France, et les événements de décembre 1946 lui donnèrent raison. Dans son ouvrage célèbre, La Résistance vaincra, paru pendant l'été de 1947, il trace avec pertinence la stratégie vietnamienne de la « guerre prolongée » où la France s'enlisera.

La victoire de Mao Zedong en Chine change toutes les perspectives et en mars 1951 le P.C.I réapparaît au grand jour, cette fois sous le nom de Parti des travailleurs du Vietnam (Lao Dong). Truong Chinh en est toujours le secrétaire général et aussi le principal idéologue. Au début de 1953, il persuade le parti de s'engager, dans les zones qu'il contrôle, dans une réforme agraire sur le modèle chinois.

Après le retour de la paix (1954), Truong Chinh se consacre à la consolidation du pouvoir du parti et à la mise en œuvre de la réforme agraire dans l'ensemble de la zone Nord. Mais la brutalité de la campagne de collectivisation suscite de violentes réactions qui forcent le parti à une profonde autocritique. Désigné comme premier responsable de cette tourmente, Truong Chinh est relevé, en novembre 1956, de ses fonctions de secrétaire général du Lao Dong. Il revient sur la scène en 1958 comme vice-Premier ministre et président du Comité d'État des sciences, mais la direction générale du parti lui échappe dorénavant. Elle est passée à Lê Duan, devenu le second de Hô Chi Minh et qui sera élu en 1960 secrétaire général.

Confirmé comme membre du Bureau politique par les troisième (1960), quatrième (1976) et cinquième (1982) congrès du parti, Truong Chinh aura désormais un rôle de mentor. Par son élection à la présidence de l'Assemblée nationale en 1960, il devient le troisième personnage officiel de la République. Il assume surtout la direction idéologique du parti. D'un dogmatisme teinté de maoïsme, profondément attaché aux principes du marxisme, il se distingue de 1961 à 1964 par ses dénonciations du « révisionnisme » et semble alors nettement plus favorable à la ligne chinoise qu'à celle de Moscou. Son rôle pendant la guerre avec les États-Unis et la négociation de Paris reste inconnu.

En 1975, la guerre terminée, Truong Chinh précipite la réunification et la mise au pas du Sud, jugé pourri. Chargé, après le quatrième congrès (1976), des études théoriques et de l'histoire du parti, il préside, à partir de 1978, la commission chargée d'élab [...]

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  • : docteur ès lettres (histoire), historien, professeur (relations internationales)

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Philippe DEVILLERS, « TRUONG CHINH (1907-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/truong-chinh/