TRÉSORS D'ART DU VIETNAM. LA SCULPTURE DU CHAMPA (exposition)

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Parmi les différentes civilisations indianisées de l'Asie du Sud-Est, le Champa occupe une place ambiguë. En effet, en dépit de la fascination qu'a exercée dès sa « découverte », au xixe siècle, le site d'Angkor, alors possession du Siam, c'est bien le Champa qui, le premier, a fait l'objet d'une véritable enquête scientifique. Il bénéficiait en cela de sa situation dans ce qui est aujourd'hui le Vietnam, où les Français cherchaient à mettre en valeur le patrimoine. Jusque-là, seuls quelques amateurs s'étaient intéressés à des pièces complètement négligées par les Vietnamiens. C'est ainsi qu'une des œuvres les plus fameuses, le Siva des Tours d'argent, avait été envoyée en France en 1886 : mal accueillie au Louvre, elle devait vite rejoindre le musée Indochinois du Trocadéro, avant de gagner (avec l'ensemble des collections de cet établissement) le Musée national des arts asiatiques-Guimet.

Grâce à l'action de l'École française d'Extrême-Orient (E.F.E.O.), installée à Hanoï en 1901, le Champa sort de l'oubli. En l'espace de quelques années, architectes et archéologues (Henri Parmentier, Jean-Yves Claeys) d'une part, épigraphistes et historiens (Louis Finot, Édouard Huber, George Coedès, Paul Mus) de l'autre, parviennent à dégager un certain nombre de grandes lignes historiques, à dresser un inventaire des monuments, à restaurer certains sites et à constituer des collections, tout particulièrement le musée de sculpture cham de Da Nang. Si ces différentes recherches vont conduire, dans le domaine de l'architecture et de la sculpture, à deux importantes synthèses dues respectivement à Philippe Stern (1942) et Jean Boisselier (1963), il est frappant de constater que les études cham se tarissent dès les années 1930. Le travail fourni en l'espace de trois décennies n'en est que plus remarquable. Plusieurs raisons expliquent cet état de fait : la quasi-disparition de l'ethnie cham et le manque d'intérêt de la population vietnamienne pour ce patrimoine, l'attrait exercé par l'art khmer avec l'entrée d'Angkor dans le giron colonial français et, bien évidemment, la situation politique et militaire du Vietnam durant la seconde moitié du xxe siècle.

C'est dire tout l'intérêt de l'exposition organisée par le Musée Guimet à Paris, du 12 octobre 2005 au 6 février 2006. Celle-ci correspond en effet à une approche renouvelée du Champa, puisque, à la vision ancienne d'un royaume centralisé (à l'image de l'empire khmer), la recherche récente a substitué celle d'une confédération de principautés plus ou moins autonomes et largement rivales les unes des autres. Par ailleurs, cette manifestation est le fruit d'une collaboration entre le Vietnam et la France, et notamment entre le musée de Da Nang et le musée Guimet : c'est ainsi qu'avec la participation de l'E.F.E.O. un atelier de restauration a été créé à Da Nang.

Quatre-vingt-seize pièces se trouvent ainsi réunies pour la première fois : provenant des musées de Da Nang et d'Hô Chi Minh-Ville, ainsi que du site de My Son, elles sont exposées à côté de certaines des plus belles pièces du musée Guimet (qui possède la principale collection cham hors du Vietnam), et complétées par quelques emprunts au musée Rietberg de Zurich et au musée Guimet de Lyon. Cela permet de dresser un tableau relativement complet de l'évolution de la sculpture, allant du ve siècle à son chant du cygne, au xve siècle. Toutes les grandes phases sont représentées (styles de My Son E1, Khuong My, Tra Kieu, Chanh Lo, Thap Mam, etc.), et il est ainsi possible de contempler quelques grands chefs-d'œuvre jusqu'à présent jamais sortis du Vietnam, tels le célèbre Buddha en bronze, la Tara découverte en 1978 et le grand Dvarapala provenant du site de Dong Duong, le fronton au Siva dansant de My Son C1, le Ganesa de la tour E5 du même site, la Devi de Huong Que... pour ne citer que des pièces que le public français et européen n'avait pu voir sans voyager loin.

Le parcours, agrémenté de photographies du fonds Charles Carpeaux prises lors de la découverte des grands sites, suit une progression chronologique classique et claire. Tout au plus regrettera-t-on que l'accent soit mis presque exclusivement sur la sculpture au détriment des sites et des monuments, dont il ne reste que peu de choses, certes, mais sur lesquels on aurait [...]

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Écrit par :

  • : directeur de recherche en études indiennes à l'université Paris-III-Sorbonne nouvelle, conservateur du patrimoine à l'agence France-Muséums

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Pour citer l’article

Vincent LEFÈVRE, « TRÉSORS D'ART DU VIETNAM. LA SCULPTURE DU CHAMPA (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tresors-d-art-du-vietnam-la-sculpture-du-champa/