DIBABA TIRUNESH (1985- )

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Certes, aux jeux Olympiques, les femmes ne courent le 10 000 mètres que depuis 1988 et le 5 000 mètres ne leur est proposé que depuis 1996. Néanmoins, en remportant les deux épreuves aux Jeux de Pékin en 2008, l'Éthiopienne Tirunesh Dibaba, frêle jeune femme (1,54 m, 44 kg) au tempérament de feu sur la piste mais d'une grande timidité dans la vie courante, a déjà marqué l'histoire de l'athlétisme.

Tirunesh Dibaba est née le 1er juin 1985 à Bekoji. Elle passe son enfance à Chefe, un village d'altitude de l'Arsi situé dans la région d'Oromia. Comme sa cousine Derartu Tulu, double championne olympique du 10 000 mètres (1992 et 1996), qui sera son modèle et son guide, elle se destine à la course à pied. Mais, pour réussir, le talent seul ne suffit pas : il faut intégrer une structure de préparation de qualité. En 2000, après avoir terminé sa scolarité à Bekoji, l'adolescente décide de gagner Addis-Abeba, où elle rejoint sa sœur aînée Ejegayehu Dibaba. Mais la trajectoire sportive de Tirunesh Dibaba aurait pu s'arrêter brutalement : arrivée dans la capitale éthiopienne une semaine après la rentrée des classes, il lui est impossible d'intégrer un établissement scolaire. Elle craint un moment de devoir regagner son village et de renoncer à tous ses rêves. Heureusement, sa sœur parvient à faire jouer ses quelques relations et, à défaut de poursuivre ses études, Tirunesh peut se consacrer à plein temps à la course à pied, au sein du club de la Pénitentiaire. L'année suivante, elle termine cinquième des Championnats du monde de cross chez les juniors. Cette réussite rapide lui permet de nourrir de grandes ambitions. En 2002, elle est vice-championne du monde du 5 000 mètres junior, devancée par sa compatriote Meseret Defar, de deux ans son aînée, qui va, au fil des années, devenir sa grande rivale. En 2003, à dix-huit ans, Tirunesh Dibaba remporte le 5 000 mètres au Stade de France à Saint-Denis et devient la plus jeune championne du monde de l'histoire de l'athlétisme.

Sa médaille de bronze sur 5 000 mètres aux Jeux d'Athènes en 2004 ne la comble pas, d'autant que le titre va à sa rivale Meseret Defar. En 2005, aux Championnats du monde d'Helsinki, elle tient sa revanche : elle s'impose sur 5 000 mètres, devant Defar et deux autres Éthiopiennes, et sur 10 000 mètres.

Mais la rivalité entre les deux jeunes femmes s'exacerbe. En 2006, à Bruxelles, Tirunesh Dibaba refuse à Meseret Defar une aide qui aurait pu permettre à cette dernière d'améliorer le record du monde du 5 000 mètres. Néanmoins, avec ces deux frêles championnes, la notion de duel retrouve droit de cité dans les meetings athlétiques. Le public s'en réjouit, mais pas le coach américain des deux rivales, Mark Wetmore. Dès lors, aucun organisateur de meeting ne parviendra à les réunir dans la même course. En 2007, aux Championnats du monde d'Ōsaka, Meseret Defar dispute le 5 000 mètres, qu'elle remporte, et Tirunesh Dibaba le 10 000 mètres. Cette dernière s'impose également ; cependant, pour la première fois, elle a semblé être marquée par l'effort – elle a dû combler un retard de 20 mètres lié à une bousculade et surmonter des crampes d'estomac pour remporter la course.

Néanmoins, en vue des jeux Olympiques de Pékin, Tirunesh Dibaba refuse cette répartition des rôles. Pour que sa sélection sur 5 000 mètres ne souffre pas quelque contestation, elle bat, en juin 2008, le record du monde de la distance détenu jusque-là par sa rivale (14 min 11,15 s – contre 14 min 16,63 s). À Pékin, Tirunesh Dibaba réalise une démonstration. Le 15 août, elle remporte le 10 000 mètres à l'issue d'une course somptueuse : alors que la Turque d'origine éthiopienne Elvan Abeylegesse imprime un train plus que soutenu pour émousser le finish de Tirunesh Dibaba, celle-ci la suit sans effort apparent et la déborde dans le dernier tour. Malgré la chaleur qui régnait dans le « nid d'oiseau », l'Éthiopienne s'impose en 29 min 54,66 s, ce qui constitue tout simplement la deuxième performance de tous les temps, derrière le record du monde établi en 1993 par la Chinoise Wang Junxia (29 min 31,78 s), plus que probablement dopée. Puis, le 22 août, à l'issue d'une course tactique, elle s'adjuge le 5 000 mètres. Tirunesh Dibaba et Meseret Defar, troisième, effectuent ensemble le tour d'honneur avec le drapeau de leur pays. Mais, quand la première sourit, la seconde a bien du mal à cacher son amertume. La hiérarchie des courses de fond féminines semble alors établie : « Princesse Tirunesh », comme on la surnomme, est bien la reine de cette discipline.

Tirunesh Dibaba, en proie à des problèmes de santé, victime de plusieurs blessures, disparaît totalement du paysage athlétique ou presque. Ainsi, elle ne participe aux Championnats du monde ni en 2009 ni en 2011. Elle est néanmoins retenue dans l’équipe éthiopienne pour les Jeux de Londres. Mais ses performances récentes et sa forme semble-t-il précaire laissent penser qu’elle ne pourra pas se mêler à la lutte pour les médailles, qui paraissent promises aux Kenyanes Vivian Cheruiyot et Sally Kipyego, première et deuxième de l’épreuve aux Championnats du monde en 2011. Pourtant, le 3 août 2012, « Princesse Tirunesh » étonne tous les observateurs dans le 10 000 mètres des Jeux : comme au temps de sa splendeur, elle place une brutale accélération à 600 mètres du but, se joue de ses rivales kenyanes, et remporte une nouvelle médaille d’or olympique. Le 10 août, elle est au départ du 5 000 mètres. Mais elle est émoussée par la répétition des efforts, et elle ne peut pas résister à l’attaque de sa compatriote Meseret Defar, qui remporte la course devant Vivian Cheruiyot ; elle obtient néanmoins une jolie médaille de bronze.

En 2013, pour les Championnats du monde de Moscou, la Fédération éthiopienne décide d’éviter un affrontement direct entre Tirunesh Dibaba et Meseret Defar. La première ne dispute donc que le 10 000 mètres, qu’elle remporte de belle manière. Et quelques jours plus tard, Meseret Defar gagnera le 5 000 mètres.

Après une interruption de carrière, Tirunesh Dibaba revient à la compétition en mai 2016, mais ne parvient pas à remporter un troisième titre consécutif sur le 10 000 mètres aux jeux Olympiques de Rio, et doit se contenter de la médaille de bronze.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « DIBABA TIRUNESH (1985- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tirunesh-dibaba/