FINDLEY TIMOTHY (1930-2002)

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à Toronto en 1930, Timothy Findley aspire très jeune à une vie d'artiste. Mais c'est d'abord la danse qu'il étudie avant de devenir comédien. Il joue notamment aux côtés d'acteurs comme Alec Guinness et William Hutt à Stratford, Ontario, ville qui se consacre à la production théâtrale shakespearienne. En Europe, il tourne avec des metteurs en scène tels que Peter Brook. Lorsqu'il joue dans la distribution londonienne de The Matchmaker, de Thornton Wilder, il rencontre l'auteur américain, qui persuade le jeune homme que sa vraie vocation réside dans l'écriture. De retour au Canada, Findley écrit des « docudrames » historiques pour la télévision en collaboration avec son compagnon William Whitehead, scénariste et producteur. Leur succès anticipe celui de ses futures pièces : Can You See Me Yet ? (1974), Sir John A. Himself ! (1979), The Stillborn Lover (1993), The Trials of Ezra Pound (1995), Elizabeth Rex (2000), et la toute dernière, Shadows (2002).

Ses deux premiers romans, The Last of the Crazy People (1967) et The Butterfly Plague (1969) sont d'abord refusés par des maisons d'édition canadiennes, dominées à l'époque par l'industrie du livre anglaise et surtout américaine. Cependant, à la suite du renouveau d'intérêt pour les arts et la littérature nationaux qui surgit après le Centenaire du Canada (1967), Findley se trouve parmi la vague d'écrivains qui se mettent à publier de façon prolifique. Son troisième roman, The Wars (1977), connaît un succès fulgurant, consacré par le prix du Gouverneur général. Il est suivi de huit romans également hantés par la violence et la mort : Famous Last Words (1981), Not Wanted on the Voyage (1984), The Telling of Lies : a Mystery (1986), Headhunter (1993), The Piano Man's Daughter (1995), You Went Away (1996), Pilgrim (1999) et Spadework (2002). Findley publie également Inside Memory : Pages from a Writer's Workbook (1990), un mélange d'essai et de journal intime, ainsi que trois recueils de nouvelles : Dinner Along the Amazon (1984), Stones (1988) et Dust to Dust (1997).

Comme de nombreux écrivains contemporains au Canada, Findley est un écrivain engagé, s'intéressant de près aux questions politiques et économiques de la cité. En même temps, il se veut un écrivain résolument postmoderne. Cela implique, à l'encontre du courant moderniste, une fascination pour l'histoire, et un engouement pour le récit à la manière des conteurs, mais implique aussi, à l'instar des écrivains modernistes, des stratégies de discontinuité et de fragmentation, et une contestation des codes littéraires tels que les genres ou modes conventionnels.

L'œuvre polymorphe de Findley se prête aux modes de la parodie, du néo-gothique, du réalisme magique, et du roman historiographique. L'auteur brouille les frontières entre le documentaire et la fiction, l'histoire et le mythe, le réalisme et le fantastique tout comme les notions d'orientation sexuelle et de genre (au sens d'identité sexuelle culturellement programmée). Ses romans appartiennent au courant de la fiction historiographique métafictionnelle, laquelle cherche à réexaminer les récits qui forment les pierres angulaires de notre culture occidentale. Il peut s'agir de mythes de la Création qui découlent de la Genèse, comme dans Not Wanted on the Voyage. Il peut s'agir aussi du xxe siècle, de ses guerres mondiales et de l'Holocauste comme dans The Wars. Famous Last Words mêle des personnages fictionnels et des figures historiques telles que le roi Édouard III et Wallis Simpson, Charles Lindbergh ou le poète Ezra Pound, avec pour arrière-plan le fascisme d'avant-guerre.

Ces romans interrogent des événements historico-politiques ayant acquis une dimension mythique, qui tournent autour de questions de pouvoir, de territoire et de (dé) possession, ou autour des notions même d'historicité et de vérité objective.

Le réalisme magique et le recours systématique à l'intertextualité permettent à Findley de souligner l'interdépendance des produits artistiques et des courants de pensée ainsi que leur dimension transculturelle, tout en explorant les frontières entre la réalité et l'imaginaire, la raison et la folie, notamment dans Headhunter, ou dans Pilgrim.

En fait, le romancier n'abandonne jamais vraiment les planches. On remarquera que le héros de son tout dernier roman, Spadework, est un comédien qui joue au festival de Stratford. Mais plus encore, on remarquera que la danse et le théâtre ont structuré son écriture, remarquablement rythmée et précise.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature canadienne et de littératures postcoloniales à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Marta DVORAK, « FINDLEY TIMOTHY - (1930-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/timothy-findley/