RÖMER THOMAS (1955- )

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Une autre histoire du monothéisme biblique

En complément à ce premier axe, Thomas Römer développe très tôt une recherche consacrée à la religion d’Israël au Ier millénaire avant J.-C. et sa contribution à l’étude des origines du monothéisme biblique. Il ne s’agit pas simplement, dans ce second axe de recherche, de souligner que le monothéisme biblique a une histoire mais, plus fondamentalement, d’interroger la manière dont celle-ci est construite par les historiens modernes, qui la pensent trop souvent à partir des religions juive et chrétienne constituées. Sur ce point, les travaux de Thomas Römer se développent selon une double perspective : la première interroge les aspects négligés voire oubliés de l’histoire du monothéisme, tels que la place des sacrifices d’enfants dans l’Israël ancien (Dieu obscur, 1996) ; la seconde met en évidence le caractère complexe et non linéaire de l’émergence du monothéisme dans l’Israël ancien sur la base d’une confrontation entre les textes et la culture matérielle. Cette dernière approche culmine dans L’Invention de Dieu (2014), qui permet à Thomas Römer d’offrir une réflexion élargie sur la nature des sources mobilisées dans une telle reconstruction et sur le rôle de l’historien.

Ces travaux s’inscrivent au sein d’une démarche scientifique qui accorde une place prépondérante à la recontextualisation des textes bibliques afin de mettre en évidence aussi bien les éléments qui les relient aux cultures voisines de l’Antiquité que ceux qui les en distinguent. Le Proche-Orient ancien constitue ici un champ comparatiste privilégié, comme le montre notamment le colloque annuel mis en place au Collège de France avec la chaire d’assyriologie (Jean-Marie Durand, Dominique Charpin), qui a permis depuis 2010 d’explorer plusieurs thématiques anthropologiques, historiques et sociales de toute première importance (Les Vivants et leurs morts, 2012). La Grèce antique et le monde hellénistique représentent un autre versant majeur de cette approche comparatiste, ainsi qu'en témoignent les travaux réalisés avec Philippe Borgeaud à propos des traditions grecques sur Moïse (Interprétations de Moïse, 2010).

Par les questions qu’elle pose, les thématiques qu’elle aborde ainsi que les approches qu’elle déploie, l’œuvre de Thomas Römer contribue à poser les fondements d’une approche renouvelée qui n’essentialise pas les textes bibliques mais restitue au contraire leur complexité et leur mobilité historiques.

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Écrit par :

  • : professeur associé, chaire de Bible hébraïque et d'histoire de l'Israël ancien, université de Lausanne (Suisse)

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Christophe NIHAN, « RÖMER THOMAS (1955- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-romer/