AMMANN SIMON (1981- )

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Certains sportifs marquent l'histoire de leur discipline en empruntant des chemins chaotiques, une trajectoire atypique, ponctuée de pics et de creux. Il en est ainsi du sauteur à skis suisse Simon Ammann, quadruple médaillé d'or olympique à titre individuel, à huit ans d'intervalle.

Simon Ammann

Photographie : Simon Ammann

Le 20 février 2010, le Suisse Simon Ammann remporte le concours de saut à skis, sur le grand tremplin du Parc olympique de Whistler, lors des Jeux d'hiver de Vancouver. Il obtient à cette occasion sa quatrième médaille d'or olympique à titre individuel, ce qui constitue le record pour le... 

Crédits : Alexander Hassenstein/ Bongarts/ Getty Images

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Simon Ammann est né le 25 juin 1981 à Unterwasser, un lieu-dit du district de Toggenburg, (canton de Saint-Gall), dans une famille de paysans. La vie de la ferme, où la télévision est un appareil inconnu, est le quotidien de l'enfant. Pour s'évader et se distraire, il s'essaye au saut à skis à l'âge de huit ans, sur le tremplin de la station de Wildhaus. Doué – il remporte la première compétition à laquelle il participe –, Simon Ammann intègre rapidement l'équipe suisse de saut à skis. Néanmoins, il ne s'entend guère avec l'entraîneur national de l'époque, Jochen Dannenberg, médaillé d'argent au petit tremplin aux Jeux d'Innsbruck en 1976 sous les couleurs de la République démocratique allemande. À seize ans, il se voit sélectionné pour les jeux Olympiques de Nagano, où il ne réalise aucune performance notable. Puis cet adolescent propulsé trop vite sportif de haut niveau, fragile psychologiquement, s'égare ; il est même écarté de l'équipe nationale. Entre-temps, Dannenberg s'est vu remercié et le Bernois Berni Schödler lui a succédé. Sous la houlette de ce coach charismatique, Simon Ammann se remet en cause. Il travaille d'arrache-pied avec le préparateur physique Jean-Pierre Egger, se muscle. Il change de matériel (skis et combinaison), revoit sa position en passant des heures en soufflerie, recourt aux services d'un préparateur mental. En décembre 2001, il monte pour la première fois sur le podium d'une épreuve de Coupe du monde.

Néanmoins, rien ne laisse alors présager de son étonnante destinée olympique. En effet, pour les Jeux de Salt Lake City, les observateurs prévoient un duel entre le Polonais Adam Malysz, leader de la Coupe du monde, et l'Allemand Sven Hannawald, devenu quelques semaines avant ces Jeux le premier sauteur vainqueur des quatre concours de la célèbre Tournée des quatre tremplins lors de la même édition de cette compétition. Or, dans l'Utah, le Suisse connaît un état de grâce que les spécialistes auront du mal à expliquer, mais qui semble propre à cette discipline où, du jour au lendemain, un sauteur en manque de réussite peut soudain voler comme un oiseau. Le 10 février 2002, sur le petit tremplin de l'Utah Olympic Park, deux bons vont changer la vie de Simon Ammann : avec un total de 269 points, il remporte le concours, d'un souffle devant Hannawald (267,5 points) et Malysz (263 points), applaudi par plus de vingt mille spectateurs enthousiastes. Trois jours plus tard, on ne peut donc plus parler de surprise quand il s'adjuge, en patron (281,4 points contre 269,7 points à Malysz, son dauphin), une nouvelle médaille d'or, cette fois sur le grand tremplin.

Instantanément, il devient une star. Les médias nord-américains se prennent soudainement de passion pour cette discipline sportive en mal de personnages hauts en couleur. Ce petit bonhomme binoclard aux cheveux en bataille, arborant la cape argentée du costume helvétique, tout droit descendu de ses alpages, à peine sorti de l'adolescence et qui vit encore dans la ferme parentale, inspire les Américains : dans l'Utah, celui qu'on surnommait « Simi » devient « Harry Potter » – il est vrai que, par son curieux look sur les podiums et son long nez, le Suisse ressemble à Daniel Radcliffe, le jeune acteur choisi par Chris Columbus pour interpréter le rôle-titre dans le premier opus cinématographique, sorti à la fin de 2001, de la saga adaptée des romans de J. K. Rowling. Il participe, sur la chaîne N.B.C., au célèbre show télévisé de David Letterman, répond favorablement à toutes les sollicitations médiatiques... Bref, il se disperse et l'atterrissage sera rude. Ammann a perdu sa technique, sa fraîcheur, son envie. En outre, la Fédération internationale de ski, alertée par plusieurs cas d'anorexie, a instauré de nouvelles règles en ce qui concerne le poids des sauteurs et a fixé un indice de masse corporelle minimal. Ce Suisse de 50 kilogrammes, qui a lui-même souffert d'anorexie, a le plus grand mal à prendre du poids pour se plier au règlement. Il retombe dans l'anonymat et traverse les Jeux de Turin, en 2006, comme un zombi (38e sur le petit tremplin, 15e sur le grand) : cinquante-huit mois s'écoulent entre sa première victoire en Coupe du monde (17 mars 2002 à Oslo) et sa deuxième (2 décembre 2006 à Lillehammer).

Il faut attendre 2007 pour le revoir tutoyer les sommets : aux Championnats du monde de Sapporo, il remporte la médaille d'or au grand tremplin, la médaille d'argent au petit tremplin. Simon Ammann vient de refermer une douloureuse parenthèse de cinq années. Il devient dès lors l'un des sauteurs les plus réguliers du circuit, remporte de nombreux concours, se classe deuxième de la Coupe du monde en 2009, obtient la médaille de bronze sur le petit tremplin aux Championnats du monde de Liberec la même année.

C'est en leader du classement général de la Coupe du monde qu'il se présente aux Jeux de Vancouver. Le 13 février 2010, sur le petit tremplin du Parc olympique de Whistler, Ammann réussit la meilleure performance de la première manche (105 m). Mais, quand il s'élance pour son second saut, son rival autrichien Gregor Schlierenzauer est retombé à 106,5 mètres, puis Adam Malysz a pris la tête du concours, grâce à un bond de 105 mètres et à une technique irréprochable. Ammann n'a plus le choix : il lui faut planer et espérer parvenir à poser ce télémark qui lui joue parfois quelques tours. Le Suisse s'envole, réussit un saut de 108 mètres (record du tremplin) et un atterrissage parfait : médaille d'or. Le 20 février, lors du concours sur le grand tremplin, il « tue le concours » dès le saut d'entraînement (142,5 m). Cette performance contraint les organisateurs à descendre la plate-forme d'élan de trois niveaux pour d'évidentes raisons de sécurité. Tous les rivaux du Suisse sont ainsi poussés vers la médiocrité. Un premier bon de 144 mètres, un second de 138 mètres : Ammann devance largement le meilleur de ses concurrents, une nouvelle fois Adam Malysz (137 m, puis 133,5 m). Simon Ammann s'adjuge donc sa quatrième médaille d'or olympique à titre individuel, battant le record du fantasque Finlandais Matti Nykänen (3 médailles d'or individuelles).

Peu après son triomphe olympique, Simon Ammann remporte la Coupe du monde pour la première fois.

En 2011, il se classe deuxième de la Coupe du monde, derrière l’Autrichien Thomas Morgenstern, et il obtient une médaille de bronze aux Championnats du monde d’Oslo. Par la suite, il ne réalise pas de performances notables.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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VANCOUVER (JEUX OLYMPIQUES DE) [2010] - Chronologie

  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
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Dans le chapitre « 20 février »  : […] La délégation autrichienne de ski alpin sourit enfin : Andrea Fischbacher remporte le super-géant. Grâce à deux bons à 144 mètres puis à 138 mètres, Simon Ammann entre dans l'histoire : vainqueur sur le grand tremplin (K125), le Suisse devient le premier sauteur à remporter quatre médailles d'or olympiques à titre individuel, battant le record du Finlandais Matti Nykänen. En ski de fond, intellige […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « AMMANN SIMON (1981- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/simon-ammann/