STEVENS SIAKA (1905-1988)

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Né le 24 août 1905 dans le district de Moyamba, issu d'une ethnie minoritaire, Siaka Stevens présida au destin de la Sierra Leone d'avril 1968 à octobre 1985.

Contrairement à bon nombre d'États africains, la Sierra Leone peut se prévaloir d'une certaine stabilité politique, à laquelle l'action de Siaka Stevens n'est pas étrangère.

Pourtant, lui-même fut porté au pouvoir par un coup d'État militaire. Celui-ci, après avoir mis fin au régime du Conseil national de réforme installé à la faveur d'un coup de force en mars 1967, aboutit à la mise en place d'un régime civil présidé par Siaka Stevens. En fait, les militaires ne faisaient, en l'occurrence, que rendre le pouvoir à son détenteur légitime, sorti victorieux des élections de mars 1967. En effet, c'est le plus légalement du monde que Siaka Stevens et son parti, le All People Congress (A.P.C.), furent alors désignés par le suffrage universel pour assumer un pouvoir détenu jusque-là par le People's National Party.

Engagé dans la police de 1923 à 1930, Siaka Stevens fit ses premières armes de syndicaliste dans le chemin de fer et les mines. Il fut désigné en 1945 comme représentant des travailleurs à l'Assemblée du protectorat siégeant à Bo, avant de faire partie, en 1951, du Conseil législatif à Freetown, la capitale. D'abord membre important du Sierra Leone People's Party de sir Milton Margai, puis du People's National Party fondé par le frère de ce dernier, Albert Margai, Siaka Stevens, en désaccord avec eux, créa au début des années 1960 son propre parti, l'A.P.C., qu'il voulait le parti de la jeunesse, des travailleurs et des sans-emploi.

Exclus du pouvoir à l'indépendance, l'A.P.C. et son leader surent tirer avantage de l'impopularité du régime de sir Milton Margai, remplacé à sa mort en 1964 par son frère, Albert Margai. Face à la corruption de l'administration, à l'autoritarisme et au malaise ethnique, Siaka Stevens incarnait l'espoir. Mais sa victoire électorale de 1967 fut mal acceptée par les milieux proches du régime Margai. Arrêté, emprisonné, relâché et réfugié à Londres puis à Conakry (Guinée), il revint donc triomphalement au pouvoir le 18 avril 1968.

Dès son accession à la tête de l'État, Siaka Stevens entreprit de mettre un terme aux déséquilibres ethniques. Son premier gouvernement comptait des représentants de tous les groupes ethniques importants. La lutte contre la corruption lui attira également la sympathie de ses concitoyens.

Mais, en dépit de ces succès, la situation politique intérieure demeurait relativement fragile. Le début des années 1970 fut ponctué par l'annonce de deux tentatives de coup d'État. Tournant le dos à ses engagements, le chef de l'État se lança dans une stratégie de concentration du pouvoir dont bénéficiaient, sous forme de prébendes, les milieux affairistes gravitant autour de lui.

L'exemple venant d'en haut, la corruption prenait des proportions inégalées. Principale ressource du pays, l'industrie du diamant en faisait les frais, la majeure partie de la production, contrôlée par des hommes d'affaires libanais, faisant l'objet d'une contrebande effrénée. La situation devint insupportable à partir des années 1980, sous l'effet conjugué de la crise mondiale et des dépenses extravagantes (130 millions de dollars) engagées par le régime pour l'accueil du sommet de l'O.U.A. à Freetown. L'inflation atteignait 200 p. 100 par an. C'est dans ce contexte que la Sierra Leone connut une crise très grave.

En 1981, d'abord, les syndicats, très puissants, lancèrent, pour la première fois, un mot d'ordre de grève générale. L'essentiel de leurs revendications portait sur la réduction des prix des produits de consommation courante. En 1984, ensuite, ce fut au tour des étudiants de contester le régime de Siaka Stevens. Incapable de restaurer l'ordre par le seul usage de la répression, Siaka Stevens, âgé de quatre-vingts ans en 1985, sut tirer alors la leçon de l'usure de son régime. Fin politique malgré tout, il imposa comme dauphin son ami intime, le général Joseph Momoh, chef d'état-major de l'armée et secrétaire général de l'A.P.C. Candidat unique à la présidence, celui-ci fut élu le 3 octobre 1985 avec 96 p. 100 des suffrages exprimés.

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., à Sciences Po Bordeaux

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  • Comi M. TOULABOR
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Dans le chapitre « Siaka Stevens, le pouvoir et la montée des périls »  : […] Lors des premières élections générales en 1962, sir Milton Margai, leader du Sierra Leone People's Party (S.L.P.P.), parvient à s'imposer aux créoles de la colonie en tant que chef du gouvernement et tente de réaliser l'unité nationale. Après sa mort, en 1964, son frère Albert devient Premier ministre et instaure un régime autoritaire. Siaka P. Stevens, qui était un membre important de ce parti ( […] Lire la suite

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René OTAYEK, « STEVENS SIAKA - (1905-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/siaka-stevens/