PETÖFI SÁNDOR (1823-1849)

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En Hongrie, le nom de Petőfi est synonyme de poésie, il est connu de tous, et la position qu'il y occupe est, en quelque sorte, semblable à celle de Shakespeare en Angleterre. Surgi comme un météore dans la littérature hongroise, il en a modifié considérablement les tendances dominantes et a influencé non seulement ses contemporains, mais aussi des poètes modernes comme Gyula Illyés, qui n'ont échappé que difficilement à son emprise. Le génie poétique de Petőfi a créé un nouveau monde de poésie, un monde qui n'avait rien de commun avec le classicisme figé et les mornes élégies de ses prédécesseurs dans la littérature hongroise. Ceux-ci, pour la plupart, s'efforçaient d'imiter le Sturm und Drang, les classiques et les romantiques allemands. Petőfi, lui, préférait le langage gracieux et policé de Vörösmarty et les expériences des lakistes, Wordsworth, Coleridge et Southey qui avaient décidé de rapprocher la langue poétique et l'idiome naturel. Cette simplicité, à laquelle se mêlait un brin de naïveté populaire, atteignit son plus haut degré chez Petőfi dont la poésie semble très peu s'écarter de la prose, voire de la banalité. Il parvenait à hausser n'importe quel sujet au niveau poétique, et cela avec naturel, dans une langue qui se trouvait en parfait accord avec la poésie populaire. Bien qu'on puisse parfois l'accuser de nationalisme, ce qui diminuerait son mérite aux yeux des lecteurs étrangers, Petőfi apparaît par excellence comme le poète de la liberté et de la révolution, thèmes si chers à l'Europe du xixe siècle. Les qualités de ce poète mort en luttant pour la révolution lui assuraient naturellement un rôle de chef spirituel et de prophète. Cette image de Petőfi est aujourd'hui encore vivante en Hongrie. Les difficultés de traduction n'ont pas empêché la diffusion de ses œuvres dans de nombreux pays à partir de 1845 ; en France, Saint-René Taillandier l'introduisit dans la Revue des Deux Mondes en 1851.

« L'instinct est mon guide »

Fils d'un aubergiste de campagne et d'une servante, Petőfi, né à Kiskőrös, eut une enfance et une adolescence assez mouvementées. Lorsque, en 1842, son premier poème fut publié dans une des principales revues littéraires de Hongrie, il avait déjà fréquenté une douzaine d'écoles, son père l'avait renié, il s'était engagé dans l'armée et en avait été renvoyé, et s'était essayé au métier d'acteur. Il mit un terme à ses vagabondages en 1844, lors de son engagement comme éditeur assistant du magazine littéraire Pesti Divatlap (La Revue de mode de Pest). Il était déjà tenu pour un des jeunes poètes les plus doués du moment, et son premier recueil, Versek (Poèmes), fut publié cette même année. Les meilleurs poèmes de Versek sont déjà tout à fait dégagés du mal du siècle et du maniérisme de l'époque ; ils relatent avec naturel et sincérité ses propres expériences. Il utilise la forme de la poésie populaire pour révéler la vie et les conceptions du peuple sur les relations humaines et sur les grands problèmes. Ses tableaux des différents types de vie villageoise, Puszta, sont tous peints de main de maître et brossés en quelques traits. Ils plaisent par leur spontanéité qui charme encore le lecteur. En 1844 paraît également Le Marteau du village (A helység kalapácsa), poème épique en quatre chants, qui est, en réalité, une parodie d'épopée : tout le prouve, le style aussi bien que les formules descriptives particulières à l'épopée. Le poème n'est pas écrit en hexamètres car, comme La Plaisanterie musicale de Mozart, à laquelle il ressemble sur bien des points, il se moque des exécutions ridicules et des conceptions ineptes, non seulement dans le langage où le sublime est associé au plus grossier pathos, mais aussi dans la construction maladroite et dans l'action continuellement ralentie par des apostrophes, des descriptions et des digressions inutiles. Le Helység kalapácsa a été inspiré par un débat littéraire : il s'agissait de savoir si l'épopée était une chose périmée ; mais le poète dépasse le problème particulier et fait une satire sur le faux sublime et sur l'incompatibilité entre le style et le sujet.

C'est toujours en 1844 que Petőfi écrivit son chef-d'œuvre de poésie narrative, Jean le Preux (János vitéz). Ce poème raconte l'histoire d'un enfant trouvé, un petit berger appelé Jancsi Kukorica (parce qu'il avait été trouvé dans un champ de maïs – kukorica, en hongrois). Jancsi est amoureux d'Iluska, orpheline comme lui, dont la belle-mère est aussi [...]

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Lorant CZIGANY, « PETÖFI SÁNDOR - (1823-1849) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sandor-petofi/