MÁRAI SÁNDOR (1900-1989)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né à Kassa (Kaschau en allemand, Kosice en slovaque), dans une ville hongroise multilingue, formé dans la tradition de la bourgeoisie austro-hongroise, Sándor Márai fait ses études de journalisme en Allemagne. Dès 1923, il est correspondant de la Frankfurter Allgemeine Zeitung à Paris, où il fréquente la bohème intellectuelle. En 1928, il retourne en Hongrie. Attiré par l'expressionnisme allemand, il publie poèmes, romans et pièces de théâtre. En 1948, devant la situation sociale et politique que connaît la Hongrie, Márai décide de quitter définitivement son pays. Après de longues errances (la Suisse, Naples, New York, Salerne, le Canada), il s'installe à San Diego. Il se suicide en 1989.

Les Révoltés, 1930 (trad. franç. 1931) est le premier volume d'un roman généalogique, L'Œuvre de Garres. Pendant la Première Guerre mondiale, quatre adolescents s'opposent aux attentes de leurs pères qui sont au front. Menant une guerre très personnelle contre la société, ils revendiquent leur indépendance, et inventent des jeux mystérieux qui leur permettent d'échapper à l'autorité parentale. Dans la tradition des romans d'adolescents, Les Révoltés s'appuie sur l'introspection, l'érotisme et le conflit de pouvoir, ainsi que sur la grande richesse du style. Márai réussit à faire de l'expression de la rébellion juvénile un grand événement littéraire : la prose en vient à revêtir ici un sens plus profond, une forme plus élaborée que le poème.

En 1933, lorsque les nazis envahissent la Hongrie, Sándor Márai écrit une satire sur Hitler : Le Messie dans le palais des sports. Dans les années 1950, passé à l'Ouest, il compose un recueil de poèmes, Chants funèbres qui dénonce la déchéance culturelle de son pays natal. Ces poèmes, accueillis avec enthousiasme par les intellectuels hongrois, copiés à la main pour être mieux diffusés (leur publication était interdite) deviendrons une manière d'hymne national de la Hongrie libre.

Malgré une énorme production littéraire et de multiples traductions, les œuvres de Sándor Márai sont longtemps restées peu connues du grand public. Même en exil, il écrivait dans sa langue maternelle, considérant la littérature hongroise comme sa seule patrie. Une de ses œuvres les plus connues, Les braises, 1942 (trad. franç. 1958), est riche de questions sur l'amitié, la fidélité, la dignité et la noblesse. L'histoire se déroule dans un château des Carpates. Témoin des grandes soirées de jadis, le château, quarante ans plus tard, marque la déchéance d'une époque. Fils d'un officier de la Garde, Henrik y a passé toute sa vie. Il apprend l'arrivée de son ancien ami de jeunesse, qu'il attend depuis longtemps pour pouvoir enfin éclaircir une vieille histoire. Son ami Konrad, qui était amoureux de sa femme, a disparu sans laisser de traces après une tentative d'assassinat au cours d'une partie de chasse. Il veut lui poser les questions qui lui brûlent les lèvres depuis des décennies. Les deux hommes disposent d'une soirée et d'une seule nuit. Sentant la mort prochaine, ils essaient de percer les mystères de la passion, de la fidélité, de la vérité et de la trahison. Márai ne cherche pas ici la vérité des faits, mais celle, plus profonde, qui accompagne toute une existence. L'auteur s'interroge aussi sur la déchirure de la vieille Europe et les valeurs d'une bourgeoisie sur le déclin. Sa conclusion : on ne peut répondre à une telle situation que par la mort ; la survie serait bien pire.

Dans Confession d'un bourgeois, 1934 (trad. franç. 1991), Márai retrace avec beaucoup de subtilité l'histoire de sa famille et d'un monde qui s'écroule. Le narrateur a tout perdu : langue, patrie, sens du travail, jeunesse. Mais plus il se croit libéré des valeurs bourgeoises, plus il scrute leurs dernières traces. De la chute de la monarchie austro-hongroise à l'occupation de Budapest par l'armée soviétique et au régime de Horthy, Márai présente avec beaucoup de compassion, les catastrophes et les émotions contradictoires qui marquent la vie de son peuple.

En 1952, Sándor Márai publie Paix à Ithaque, (trad. franç. 1995) où il évoque le problème de l'émigration. L'histoire de son Ulysse se termine mal : il n'y a pas de retour possible. La femme et les fils du héros tenteront, en vain, de percer le mystère de cette vie Paix à Ithaque marque aussi le passage d'une ère à une autre, où l'humanité n'existe désormais que par le fanatisme et la trahison. Dans le même esprit, mais cette fois-ci à travers le personn [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MÁRAI SÁNDOR (1900-1989)  » est également traité dans :

HONGRIE

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER, 
  • Lorant CZIGANY, 
  • Albert GYERGYAI, 
  • Pierre KENDE, 
  • Edith LHOMEL, 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Fridrun RINNER
  • , Universalis
  •  • 32 158 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Une langue nouvelle »  : […] À partir des années 1980 beaucoup d'écrivains hongrois – inspirés par l'écriture incisive et résolument moderne de Petér Hajnóczy (1942-1981) et de Miklos Mészöly – se distinguent par une utilisation particulière de la langue pour exprimer le temps présent et occupent de la sorte une place primordiale dans la littérature postmoderne. László Krasnahorkaj (né en 1954) évoque dans son roman Tango de […] Lire la suite

Pour citer l’article

Fridrun RINNER, « MÁRAI SÁNDOR - (1900-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sandor-marai/