MOCKBEE SAMUEL (1944-2001)

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Le nom de l’architecte américain Samuel Mockbee est associé à une expérience professionnelle et pédagogique dans le Deep South destinée à donner sa pleine dimension sociale à l’activité constructive. Né en 1944 à Meridian dans l’État du Mississippi, Samuel (Sambo) Mockbee a obtenu son diplôme d’architecte à Auburn University en Alabama. Il était associé à Coleman Coker depuis 1986 et leur agence était établie à Canton (Mississippi).

En 1993, Samuel Mockbee fonde le Rural Studio pour construire des maisons destinées à des habitants pauvres du Hale County autour de Newbern dans l’ouest de l’État d’Alabama. Région très déshéritée des États-Unis, ce comté de la Black Belt avait fait l’objet d’un reportage photographique effectué par Walker Evans et James Agee dans les années 1930 et publié en 1941 dans le volume Let Us Now Praise Famous Men (Louons maintenant les grands hommes). Avec ses étudiants en architecture d’Auburn University, Samuel Mockbee se déplaçait régulièrement sur le terrain. Les étudiants participaient à toutes les phases du projet, qui durait généralement un an, depuis la conception jusqu’à la mise en œuvre en passant par les relations avec les clients, les entreprises de construction et les artisans. Le Rural Studio décentrait les lieux traditionnels de l’enseignement de l’architecture, un peu à la façon de l’agence communautaire fondée et animée par Frank Lloyd Wright à partir des années 1910 et alternativement située dans la campagne du Wisconsin (Taliesin East) et le désert de l’Arizona (Taliesin West). D’ailleurs, Samuel Mockbee lui-même ne disait-il pas en plaisantant que le Rural Studio était Taliesin South ?

Les édifices réalisés par le Rural Studio étaient destinés essentiellement à des Afro-Américains, mais les solutions proposées ont été reprises en d’autres endroits des États-Unis et pour d’autres catégories d’habitants. La démarche du Rural Studio reposait sur la participation d’habitants démunis à la définition de leur future maison. Le financement de ces maisons a été rendu possible grâce à des dons provenant de fondations privées et d’institutions étatiques et universitaires. Pour des clients plus fortunés, le coût d’une maison ne s’élevait pas à plus de trente mille dollars.

L’emploi de matériaux recyclés permettait en effet de maintenir des coûts peu élevés. Une des originalités du Rural Studio était d’utiliser toutes sortes de matériaux : pare-brise d’automobiles, pneus, plaques minéralogiques, carton, tôle ondulée, balles de foin, bouteilles, bois de récupération, morceaux de pavés, verre de bouteille, etc. Par exemple, pour la maison Bryant qui comporte trois pièces, l’architecte a conçu des murs en balles de coton de soixante centimètres d’épaisseur, ce qui assure une bonne isolation. Le porche est protégé par un écran transparent en plastique ondulé. Jouxtant la maison se trouve un petit local de rangement en pierre dont le toit est fait de panneaux routiers hors d’usage et les fenêtres sont fabriquées à partir de bouteilles.

Samuel Mockbee ne se considérait pas comme un architecte régionaliste, même s’il reprenait et actualisait certains types d’habitat vernaculaire comme les maisons dites dogtrot ou shotgun. La première est constituée de deux cabanes de rondins reliées au centre par un passage couvert ou dogtrot. Samuel Mockbee s’est inspiré de ce modèle pour la maison Moore. Quant à la maison de type shotgun, comme la maison Bryant, elle se caractérise par un plan oblong, un seul niveau, la disposition en enfilade de deux ou trois pièces aux fonctions multiples, et l’entrée placée sur le petit côté à pignon. Ce type de maison longue et étroite est associée à la Nouvelle-Orléans, à la côte du golfe du Mexique et au Sud rural. En sept ans, le Rural Studio a construit cinq maisons, deux centres communautaires, un terrain de jeu et une chapelle.

Par certains côtés, la démarche de Samuel Mockbee s’apparente à celle des architectes marginaux et contestataires des années 1960 aux États-Unis : elle repose sur la dénonciation du gaspillage par la récupération de matériaux de rebut, la recherche de l’économie des moyens, la pratique du collage et du bricolage, la maîtrise des processus de conception et de réalisation, le souci des particularismes locaux. Elle s’en distingue cependant par l’absence de valorisation de l’auto-construction et par le fait que, contrairement à l’époque des hippies, il ne s’agit pas d’une attitude de fuite dans des c [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, directeur de l'École doctorale d'histoire de l'art

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Pour citer l’article

Claude MASSU, « MOCKBEE SAMUEL - (1944-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/samuel-mockbee/