BOUËT-WILLAUMEZ RENÉ (1900-1979)

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Illustrateur de grand talent, René Bouët-Willaumez s'est intéressé au dessin de mode et aux scènes hippiques. Le style graphique qu'il a défini, nerveux et distingué, traduit bien l'esthétique arrogante de la haute couture des années 1930-1950.

Breton de naissance, le comte Bouët-Willaumez appartient à une famille qui a donné plusieurs amiraux français. Son éducation, très sportive, le familiarise avec l'atmosphère des courses hippiques. Doué pour le dessin, il souhaite s'orienter vers une carrière artistique, mais sa famille le dirige vers les sciences. Après trois années d'études à l'École centrale, il entre dans les bureaux de direction technique d'une affaire métallurgique.

Fidèle à sa passion pour les chevaux, il fréquente les champs de courses de Paris et de ses environs, et brosse des croquis et des aquarelles de ses souvenirs. L'Américain Main Bocher, alors conseiller artistique de Vogue à Paris, l'incite à se consacrer au dessin de mode.

Impressionné par les premières illustrations de Bouët-Willaumez, le directeur de Vogue, Condé Nast, l'invite à s'établir aux États-Unis. Dépourvu de formation artistique, Bouët-Willaumez élabore peu à peu une esthétique qui ne doit rien aux conventions en vogue. D'une séduisante spontanéité, son style libre et fluide s'affirme dès le début des années trente et illustre le changement d'esthétique de Vogue. Au dessin net et précis des illustrateurs des années vingt succède en effet une expression graphique plus libre, plus épanouie, qui apporte dans ce domaine un expressionnisme nuancé, et régénère la tradition élégante tout en la perpétuant. Il fait la part de la description fidèle du modèle représenté, sans pour autant négliger le souci de style, de synthèse personnelle.

Avec sa femme Babs (devenue plus tard l'épouse du photographe Rawlings), Bouët-Willaumez est alors une personnalité de la société mondaine, ce qui lui permet d'exercer ses talents d'observateur.

Envoyé à Londres en 1931, il travaille surtout pour l'édition américaine de Vogue. Assez proche, par son esthétique, des illustrateurs Ruth Grafstrom et Eric (son principal rival à Vogue), Bouët-Willaumez en diffère par sa verve accentuée, son goût des contrastes et son inclination pour les coloris acides, intenses : violet, vert, rose fuchsia...

Après la Seconde Guerre mondiale, Bouët-Willaumez demeure pour quelques années, avec Eric et Bouché, un des illustrateurs les plus assidus de Vogue.

Parallèlement à cette carrière, l'artiste reste fidèle à sa passion pour le cheval. Familier des haras, il effectue des voyages réguliers en Floride, où ont lieu chaque hiver les stakes, courses très appréciées. C'est l'occasion de nombreux croquis, d'une écriture nerveuse ; très intéressés par le talent spécifique de Bouët-Willaumez, les frères North, propriétaires du fameux cirque Barnum, l'invitent à se mêler à leur équipe pour y dessiner les animaux, les acrobates.

Des séjours à Long Island, la région favorite de la haute société américaine, lui permettent de se consacrer à la peinture des fleurs, des chevaux et, plus encore, aux portraits mondains de cavaliers et de cavalières sur leur monture préférée. Au Kentucky, il exécute, pour un milliardaire, une série impressionnante d'études et de croquis de Count Fleet, étalon célèbre en son temps (1954).

René Bouët-Willaumez, dont la santé s'est affaiblie, réduit ses activités d'illustrateur dans les années cinquante. Ses dernières compositions pour Vogue (entre 1950 et 1958) témoignent d'une verve et d'une distinction toujours maîtrisées, et les femmes qu'il dessine acquièrent, sans perdre de leur charme, un hiératisme hautain. Ses dessins en couleurs s'inspirent dans leur technique de superposition des inventions de Dufy et de Matisse : sur un fond esquissé à grands traits et « lavé » de zones de couleur, des silhouettes altières, tracées au pinceau se détachent. Quelques notes de couleur, légères ou saturées, apportent leur vibration dans le froissement nerveux des étoffes luxueuses.

De retour en France en 1962, Bouët-Willaumez s'installe dans une ancienne maison de maître de la région parisienne et se consacre au dessin, à la lithographie, à la peinture. Quelques compositions publicitaires (par exemple les cosmétiques Germaine Monteil) pour lesquelles il fait volontiers poser sa seconde femme, svelte et raffinée, lui donnent l'occasion d'affirmer encore son talent, dont le trait adouci est toujours séducteur.

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Pour citer l’article

Guillaume GARNIER, « BOUËT-WILLAUMEZ RENÉ - (1900-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-bouet-willaumez/