PEYO PIERRE CULLIFORD dit (1928-1992)

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Pierre Culliford, né d'un père britannique et d'une mère belge, débute à la fin de la guerre comme cadreur, dans la publicité, puis comme dessinateur. Au studio C.B.A., il croisera d'autres futures stars de la bande dessinée belge. Parallèlement à ces dessins animés, il se lance lui-même dans la bande dessinée. Dès 1947, dans Le Soir, il commence une première série, « Johan ». En 1952, il entre au journal Spirou, où il poursuit la série, en ajoutant un complice faire-valoir, ce qui donne un chef-d'œuvre de simplicité, d'humour et de malice, « Johan et Pirlouit », dont les éditions Dupuis publieront quatorze albums. Avec le duo classique du héros sérieux flanqué d'un partenaire débrouillard et maladroit, au mauvais caractère dissimulant un cœur d'or, tous les ingrédients sont en place pour le succès.

Le second tournant dans sa carrière est marqué, en 1958, par l'épisode La Flûte à six schtroumpfs. Peyo (qui a élaboré ce pseudonyme à partir du diminutif de son prénom) mêle aux aventures de Johan et Pirlouit de petits lutins bleus vêtus de blanc, qui constituent en marge du monde une société communautaire et patriarcale dans des villages-champignons. L'invention majeure : leur langage, où le mot « schtroumpf » remplace tous les noms, vaut un succès extraordinaire à l'album. Au point que Peyo cède aux demandes du public et crée une série à leur nom. Le terme serait venu d'un repas avec Franquin où, à court de mots, Peyo aurait dit « Passe-moi le... schtroumpf » pour demander le sel.

Les premiers épisodes des « Schtroumpfs » (à partir de 1959) se révèlent excellents, pleins d'invention et de fraîcheur. Cela ne durera pas, malheureusement. S'il touche le très grand public, Peyo doit lui donner des gages, en affadissant rapidement l'aspect subversif de la série, au départ un peu anarchiste. C'est le syndrome Walt Disney. En quelques années, Peyo, qui a désormais son studio, va construire un empire où le merchandising, les droits dérivés, l'exploitation des personnages gomment l'originalité de l'œuvre, transformant les malheureux lutins en niaises figurines. Graphiquement, le trait s'affadit. On réalise des dessins animés consternants (La Flûte à six schtroumpfs, Le Bébé schtroumpf). Les albums sont traduits, la publicité les utilise. Le pire sera l'adaptation aux États-Unis, sous forme de dessins animés pour la télévision en deux cent cinquante-six épisodes, où les Schtroumpfs deviennent des Smurfs. Les répétitions se succèdent et les interventions du compagnon de route de Peyo, le génial Yvan Delporte, scénariste et dialoguiste, n'y peuvent rien. Pourtant, des personnages tels que le Grand Schtroumpf, le Schtroumpf noir, la Schtroumpfette étaient source de gags et d'idées réjouissantes. Peyo savait jouer sur les couleurs en grands aplats, mettre en valeur le blanc des vêtements des schtroumpfs, le bleu de leur peau, le rouge des champignons... Mais, là encore, la lutte du bien et du mal entre Schtroumpfs bleus et noirs qui caractérisait le premier album fut complètement dénaturée aux États-Unis, où les mauvais Schtroumpfs devinrent mauves, pour ne pas choquer les lecteurs noirs.

Rappelons que, si l'attrait du succès l'a conduit à la facilité, Peyo reste l'auteur des scénarios de « Jacky et Célestin » et surtout d'une autre série, « Benoît Brisefer » (1960-1978), dont les albums n'ont pas vieilli. Ce petit garçon disposant d'une force herculéenne qui s'évanouit quand il s'enrhume permettra à Peyo de retrouver la fraîcheur d'invention et le sens du récit qui faisaient son incontestable talent. Personnage aux trop rares apparitions, Brisefer reste un héros exemplaire de la bande dessinée belge des années 1960. Dans les années 1980, Peyo fonde sa propre société d'édition, Cartoon Création et lance le magazine Schtroumpf. Peyo est aussi l'auteur, pour les plus petits, des albums du chat Poussy, créé dans les années 1950 et repris au début des années 1970. Ses anciennes séries, « Jacky et Célestin » et « Benoît Brisefer », sont rééditées avec l'aide de collaborateurs par les éditions Lombard, auxquelles Peyo a cédé les droits. Procédé courant chez les anciens de la bande dessinée belge.

Le seizième et dernier épisode des « Schtroumpfs » est sorti en récit complet en 1992. Son titre Le Schtroumpf financier est à lui seul tout un programme. Peyo avait imaginé un Grand Schtroumpf malade, ce qui était source de multiples calamités. Autoportrait ? Peyo souffrait du cœur depuis de nombreuses [...]

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  • Écrit par 
  • Dominique PETITFAUX
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Pour citer l’article

Yves FRÉMION, « PEYO PIERRE CULLIFORD dit (1928-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peyo/