LAUTERBUR PAUL (1929-2007)

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À l'écart des modes, chercheur solitaire et pionnier d'une rare audace, le chimiste américain Paul Lauterbur, né à Sidney (Ohio) le 6 mai 1929 et mort à Urbana (Illinois) le 27 mars 2007, marqua la science du xxe siècle d'une profonde empreinte. Il eut, à Tiffin puis à Sidney, une enfance idyllique de scientifique en herbe. Vivant dans une ferme, observant animaux et plantes, épris d'histoire naturelle, il opta pour la chimie lorsqu'il reçut un attirail de petit chimiste. Il expérimenta librement dans le laboratoire du lycée local, un enseignant compréhensif l'ayant dispensé de ses cours. Il s'était aussi constitué un laboratoire chez lui. Adolescent, il découvrit les échecs et fut d'emblée l'égal des champions locaux.

Ses études d'ingénieur terminées (en 1951) au Case Institute of Technology, à Cleveland (Ohio), il entre au Mellon Institute de Pittsburgh, comme chercheur industriel pour la firme Dow Corning. Épris de la richesse et de la complexité des problèmes qui lui sont soumis – synthèse de composés organiques du silicium, théorisation de l'élasticité du caoutchouc, techniques de distillation sous vide, tests de nouveaux élastomères –, il se passionne pour son métier de chercheur, particulièrement pour sa diversité. Peu après son arrivée au Mellon Institute, il y découvre la toute nouvelle instrumentation pour la chimie qu'est alors la spectrométrie de résonance magnétique nucléaire (RMN). Il s'y lance avec ardeur, mais rejoint l'armée pour y faire son service – au cours duquel il peut cependant contribuer à la recherche sur la RMN, en collaboration avec Norbert Muller. De retour à la vie civile et au Mellon Institute, il poursuit ses travaux, faisant œuvre de pionnier en RMN du carbone 13. Il épouse Rose Mary Caputo en 1962. Son doctorat en main, élu professeur à l'université de l'État de New York à Stony Brook (1969), il poursuit son exploration tous azimuts, anticipant sur les possibilités techniques : RMN de protéines (13C), RMN du tritium, pseudorotation dans des composés à géométrie de bipyramide trigonale...

Lauterbur avait repris à son compte un slogan de l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam, search and destroy. Il en avait fait son impératif de chercheur. Il entendait par là l'incursion dans un champ scientifique vierge, le temps de s'y repérer, de se donner des outils idoines, puis d'engranger une masse de résultats avant de l'abandonner à d'autres ; se choisir alors un tout autre champ d'action pour y opérer de même, en aventurier du savoir, s'autodéterminant.

Il s'était impliqué aussi, avec son audace caractéristique, dans une petite société fabriquant des accessoires pour la RMN. C'est ainsi que lui fut soumise, un jour, la question des différences des temps de relaxation entre des cellules animales saines ou tumorales. Le même soir, en réfléchissant à ce problème, il prit conscience qu'il pouvait y avoir un moyen de localiser précisément l'origine des absorptions de RMN dans des objets complexes ; et, ce faisant, de constituer des représentations en images de leurs distributions dans l'espace à deux, voire à trois, dimensions.

On ne saurait sous-estimer le courage qu'il eut à se réorienter dans cette toute nouvelle direction, qui lui fit approfondir à la fois les nécessaires outils mathématiques et les applications médicales concevables. Il baptisa « zeugmatographie » (le terme ne fit pas florès) cette nouvelle méthodologie d'imagerie et de tomographie, au moyen d'un rayonnement bien moins nocif que les rayons X. Sa première publication à ce sujet, d'abord refusée par Nature, parut en 1973. Il y consacra les trente années suivantes de sa carrière. La seule autre ligne de recherches qu'il suivit, tout ce temps, fut la chimie prébiotique et la question de l'origine de la vie. Divorcé, puis remarié (en 1984) avec une collègue britannique aux intérêts scientifiques proches des siens (Joan Dawson), il accepta en 1985 un poste à l'université de l'Illinois, à Urbana.

Le prix Nobel de physiologie ou médecine lui fut décerné tardivement (2003), et conjointement avec sir Peter Mansfield (né en 1933), lorsque l'imagerie par résonance magnétique (IRM) – d'où l'épithète « nucléaire » fut gommée pour ne pas effaroucher les patients – fut entrée dans les mœurs. Lauterbur aurait reçu plus tôt ce prix si l'Institut Karolinska n'avait eu à affronter une revendication de partage, avancée par un autre chercheur [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'École polytechnique et à l'université de Liège (Belgique)

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Pierre LASZLO, « LAUTERBUR PAUL - (1929-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-lauterbur/