GÉRALDY PAUL (1885-1983)

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Le 6 mars 1885, Paul Lefèvre (Paul Géraldy) naît à Paris. Son père, journaliste et homme de lettres, meurt prématurément. Paul, brillant élève au lycée Buffon, doit, à seize ans, interrompre ses études pour gagner sa vie. C'est cette période qu'il intitule : Marche funèbre pour la mort de ma jeunesse. Tout en préparant son baccalauréat, il est employé par la librairie Delagrave. Il fréquente alors le quartier Latin et publie dans des revues ses premiers textes. Il subit l'influence d'Henry Bataille à qui il dédie Petites Âmes (1908) et d'Edmond Rostand à qui il rend hommage dans la Préface de Noces d'argent (écrites en 1914 et présentées pour la première fois à la Comédie-Française le 5 mai 1917). Ainsi lancé, Géraldy produit régulièrement pièces de théâtre, recueils de poèmes – dont le très célèbre Toi et Moi en 1913 –, romans, essais de 1908 à 1939. L'après-guerre est en totale rupture avec son idéologie comme avec son écriture. Pour lui, c'est le temps des rééditions : pièces de théâtre regroupées par Julliard (1950-1952) et par Stock (1967), Toi et Moi, suivi de Vous et Moi (1960) par Le Livre de poche (1965).

Les écrits de Paul Géraldy reflètent sa vie sentimentale. Il y dit ses amitiés (Vuillard, Giraudoux, Colette), ses amours que détruisent le temps et la connaissance. Il se marie avec la cantatrice Germaine Lubin, dont il divorcera, car « le mariage est la seule aventure intégrale » et, « comme les maisons sans enfants ne sont pas des maisons », il a trois enfants. Il meurt à quatre-vingt-dix-huit ans, le 9 mars 1983.

Paul Géraldy ne peint qu'un microcosme : celui des petits-bourgeois intellectuels entre la guerre de 1914 et celle de 1939. Il en est conscient : « Le théâtre aimait les héros. Les midinettes exigeaient que ça se passât dans le grand monde et que la pièce finît bien » (Voir, écouter, sentir). Aussi les personnages masculins du théâtre de Géraldy ont-ils des professions brillantes, tandis que les femmes, nanties et oisives, avec quelques prétentions d'« amazone », sont toujours en train d'observer le baromètre de leur amour conjugal, car « pour la femme, l'amour est une carrière et fait d'elle une assujettie » (L'Homme et l'Amour).

Ce microcosme, Géraldy l'analyse, tant dans ses pièces que dans ses poèmes. Trois thèmes le préoccupent : les relations entre les parents et les adolescents, l'amitié, l'amour. Les relations qui unissent le père à sa fille (M. Hamelin et Suzanne dans Aimer), la mère à son fils (Mme Hamelin et Max dans Aimer, Mme Aufraye et Robert dans Robert et Marianne) sont décrites – sans que cela soit explicite – comme des liens œdipiens. Jalousie, drame de la rupture d'une relation ambiguë et privilégiée sont douloureusement ressentis. Seule l'amitié semble une valeur sûre.

Paul Géraldy se vante de n'écrire « qu'une histoire » : l'éblouissement de l'amour conjugal terminé, l'épouse, après une crise grave, proche de la rupture, reprend sa place auprès de l'homme qu'elle aime.

L'écrivain a par ailleurs clairement exposé sa conception de l'art dramatique et de l'art poétique. Le théâtre est un « art d'écrivains, mais d'écrivains particuliers appliqués à ne pas avoir l'air d'écrivains, à s'interdire les apprêts de l'écriture et à, pour ainsi dire, écrire de vive voix ; dont l'art de dire est aussi l'art de ne pas dire ; pour qui l'expression capitale est le plan et chez qui tout est préconçu ». Jacques, dans Christine, définit le poète : « Un poète, ce n'est pas un arrangeur de mots qui nous exalte ou qui nous berce avec des mots. Un poète, c'est un homme qui a touché la vie ! C'est un homme qui a quelque chose de vrai, de grand et d'heureux à dire. » Refus des effets, introduction du code oral dans le code écrit découlent de la volonté qu'a eue Géraldy d'écrire simple » (selon l'ironique formule de Georges Duhamel dans Les Poètes et la poésie, 1922). Sans l'art du Hugo des Contemplations ou du Verlaine de La Bonne Chanson, Géraldy, grâce à cette technique, parvient parfois à évoquer avec un certain bonheur le monde quotidien. La légèreté voulue du ton a pu faire croire « à l'insouciance du marivaudage », à « un plaisir à fleur de peau », et a masqué le pessimisme qu'énonce clairement L'Homme et l'Amour : « Nous souffrons tellement des gens que nous aimons qu'il faut ou qu'on nous ait créés trop misérables pour aimer ou que l'amour soit une affreuse maladie. »

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Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle cycle ès lettres, professeur à l'École normale nationale d'apprentissage de Paris-Nord, chargée de cours à l'U.E.R. Paris-III

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Marcelle BILON, « GÉRALDY PAUL - (1885-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-geraldy/