PARAPSYCHOLOGIE

La recherche d'une théorisation

À côté de ces recherches en laboratoire, la parapsychologie inspira aussi, dans les années soixante, toute une série de manifestations publiques avec des sujets « psi » prétendument capables de performances psychokinétiques exceptionnelles, tels Nina Kulagina en U.R.S.S. vers 1965 (déplacements d'objets), Uri Geller et Jean-Pierre Girard vers 1975 (déformation d'objets métalliques), Ted Serios aux États-Unis vers 1965 (impression de films photographiques par ses « images mentales »). Cependant, la plupart de ces performances, sinon toutes, furent finalement reconnues comme étant frauduleuses ou, pour le moins, douteuses.

Depuis la fin du xixe siècle, la parapsychologie s'est efforcée de donner des bases théoriques aux effets paranormaux du psychisme. Elle commença par utiliser à son profit le développement de la notion, alors entièrement nouvelle, d'inconscient psychologique. La télépathie pouvait, par exemple, s'expliquer par une communication qui, échappant aux processus conscients, met en jeu les couches inconscientes du psychisme. C'est pourquoi, encore aujourd'hui, la plupart des parapsychologues modernes préconisent, dans les expériences qu'ils poursuivent avec des sujets psi, la relaxation, un climat affectif de détente ou, au contraire, d'exaltation, toutes conditions qui aboutissent à relâcher les contrôles de la conscience.

Le développement de la radio à la fin du xixe siècle amena, dès cette époque, les parapsychologues à penser que certaines ondes électromagnétiques émises par le cerveau pouvaient être le canal d'un transfert d'informations entre un inconscient et un autre inconscient. En 1952, intervenant comme théoricien de ces phénomènes psi, Carl Gustav Jung proposa, avec le physicien W. Pauli, qui eut le prix Nobel en 1945, une explication dite de la synchronicité. Les entorses au déterminisme que supposent de tels phénomènes seraient compatibles avec l'idée qui est admise par la mécanique quantique et selon laquelle « la causalité n'est pas une vérité axiomatique mais statistique ». Les phénomènes exceptionnels sortant du cadre déterministe classique seraient l'expression d'un ordre caché de l'univers ; or l'inconscient, selon Jung, serait aussi une émanation de cet ordre caché. Dès lors, un sujet pourrait faire preuve de clairvoyance, par exemple, dans le cas où se manifesterait dans son inconscient un phénomène qui appartient à l'ordre caché de l'univers et qui, au même moment mais ailleurs, se manifesterait sous sa forme d'événement physique acausal.

Un rapprochement s'opéra entre la mécanique quantique et la parapsychologie qui a donné lieu, en 1974, à un colloque de la Parapsychology Foundation à Genève puis à un autre colloque à Cordoue, en 1979. À la même époque et dans le même esprit, fut créé à San Francisco le Physics and Consciousness Research Group, animé par le physicien Jack Sarfatti. Les théories « paraphysiques », qui ont été avancées par ce courant de recherches, considèrent que l'interprétation dite de Copenhague du principe d'incertitude de Heisenberg, selon laquelle l'observateur perturbe nécessairement le phénomène qu'il mesure, est à prendre dans son sens le plus profond : l'observateur « fait corps » en quelque sorte avec le système mesuré. Se fondant sur une démonstration de J. S. Bell, Jack Sarfatti estime que la seule manière de réconcilier la mécanique quantique avec le déterminisme classique est de postuler l'existence de variables cachées non locales. Tout système physique particulier serait en relation avec tout le reste de l'Univers. Et cette cohésion universelle cachée ferait, selon Sarfatti, qu'un changement quantique dans un système donné peut parfaitement entraîner un changement quantique dans un autre système qui, du point de vue du déterminisme classique, ne serait pas relié au premier. Ainsi, les phénomènes de psychokinésie seraient le résultat d'un transfert de k-quanta entre le système conscient que constitue un sujet psi et le système que représente l'objet mobilisé psychiquement. Les k-quanta sont censés être des entités quantiques sans masse et sans énergie, qui voyagent hors de l'espace et du temps, plus vite que la lumière, conformément à ce que suppose l'une des deux solutions du paradoxe théorique qu'Einstein avait inventé avec Rosen et Podolsky pour montrer l'incohérence de la mécanique quantique (Einstein pensait que les deux solutions de ce paradoxe étaient aussi inacceptabl [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PARAPSYCHOLOGIE  » est également traité dans :

NEW AGE

  • Écrit par 
  • Thierry KUBLER
  •  • 3 328 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « De nouveaux syncrétismes »  : […] Il convient, dès lors, de porter sur le monde un regard libéré de la perspective trop analytique du rationalisme. « Tout est dans Tout », l'expression a été répétée jusqu'au galvaudage : le principe holiste, une antienne essentielle au nouvel âge, unit ce qui est apparemment contradictoire. Il s'agit dès lors de découvrir la complémentarité dans l'unité. Une erreur grave consiste à séparer l'espri […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Marcel BLANC, « PARAPSYCHOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/parapsychologie/