NOSTROMO, Joseph ConradFiche de lecture

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Une critique politique et sociale

Nostromo est loin de se réduire à la trame qu'on vient d'évoquer, car le roman est riche d'une foule de personnages et d'incidents. Il ne se résume pas facilement, d'autant que, comme souvent chez Conrad, le récit ne suit pas de ligne chronologique.

En publiant Nostromo en 1904, Conrad abandonnait la veine de l'exotisme extrême-oriental et maritime exploitée dans ses premières œuvres (Lord Jim, 1900 ; Typhon, 1902). Tout en cédant à la fascination de l'Amérique du Sud, il ouvrait en même temps la série de ses romans « politiques », poursuivie avec L'Agent secret en 1907 et Sous les yeux de l'Occident en 1912. Politique, Nostromo l'est simplement parce que les pouvoirs contestés par les diverses communautés en conflit sont ceux qu'exercent les dirigeants d'une province ou d'une nation.

Parmi les thèmes présents au centre du roman, l'argent est le plus évident, et cela dans les deux sens que possède le mot en français, alors que l'anglais les distingue, silver étant le métal, et money tout moyen de paiement ou élément de richesse. L'avidité, la cupidité, le désir d'acquérir des possessions sont de puissants moteurs des activités humaines. Puissants, et presque exclusivement néfastes, car ils contrecarrent les élans plus purs et les valeurs auxquelles souscrit Conrad dans l'ensemble de son œuvre : la loyauté, la fidélité, l'amour. L'argent corrompt. À travers les méandres de la politique et le labyrinthe des relations entre communautés diverses comme entre individus, une image assez sombre de la condition humaine se dégage. Il reste des Indiens dans le pays, peu nombreux et peu visibles ; sur le devant de la scène s'agitent les gens importants, installés au gré des vagues d'immigration : des Espagnols, des Italiens venus dans le sillage de Garibaldi, des Britanniques ; on voit aussi paraître et disparaître un négociant juif allemand. Sans même entrer dans la description des figures mémorables que sont par exemple le docteur Monygham, le militaire Sotillo, l'aubergiste Viola, on doit a [...]


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Écrit par :

  • : professeur émérite de l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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«  NOSTROMO, Joseph Conrad  » est également traité dans :

CONRAD JOSEPH (1857-1924)

  • Écrit par 
  • André TOPIA
  •  • 1 778 mots
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Dans le chapitre « Une réalité corrompue »  : […] Avec Nostromo (1904), on atteint un sommet de l'œuvre conradienne. Il s'agit là, selon F. R. Leavis, d'un des plus grands romans de la littérature anglaise. Sur fond de révolution et de conflit pour des mines d'argent dans une république sud-américaine, on assiste non seulement à l'entrecroisement de destins individuels comme celui de Charles Gould, le capitaliste philanthrope pris dans la spiral […] Lire la suite

Pour citer l’article

Sylvère MONOD, « NOSTROMO, Joseph Conrad - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nostromo/