NOSTRADAMUS MICHEL DE NOSTRE-DAME dit (1503-1566)

« Michel de Nostredame naquit à la ville de Saint-Rémy, presque sur les abois de l'an, de Jacques (Jaume) et de Renée de Saint-Rémy... » En cela, César, fils aîné de Michel de Nostredame, est exact. Il l'est moins quand, au fil de son Histoire et chronique de Provence (1614), il gomme de sa généalogie toute ascendance juive. De l'aïeul Gassonet, commerçant en Avignon, qui, en 1463, se convertissait en « nouveau chrétien » et passait à la sécurité — toute relative d'ailleurs — sous le nom de Pierre de Nostredame, il fait un « fameux et docte médecin ». En foi de quoi la postérité entérinera une lignée dans cette profession. Légende et histoire vont ici de pair. De la seconde on peut tenir que Michel de Nostredame va d'Avignon à Montpellier pour y entreprendre sa médecine, jusqu'à ce que l'épidémie qui se déclare en 1526 dans le Languedoc, « la province la plus pestueuse du royaume », le conduise pendant plusieurs années (il se réinscrit à Montpellier en 1530) à pratiquer son art sur le terrain avant de recevoir le bonnet. On le trouve ensuite à Agen : il s'y marie et fréquente Jules César Scaliger. C'est l'époque où ce dernier s'en prend à Érasme et aussi celle où il commence à être plus ou moins suspecté de sympathies réformées. Ce qui ne fait pas l'affaire de Michel de Nostredame, que la mort de sa femme et de ses deux enfants vient accabler. Mais si l'on sait peu de choses sur ce séjour agenais, on en sait encore moins concernant la période qui suit : du royaume de France, dont il parcourt « la plus grande part », va-t-il jusqu'en Égypte à des fins initiatiques comme le Nostradamus popularisé par Michel Zévaco ? Il est permis de rêver. En revanche, lorsqu'il se fixe à Salon vers 1545 — et en date du 11 novembre 1547 y contracte mariage avec Anne Ponsard —, il semble tout voué à la médecine : on l'appelle à Aix en 1546 et à Lyon en 1547. Il produit sa « pharmaceutie », qui a le mérite de sentir bon (remède très utile contre la peste) et l'inconvénient de susciter la jalousie des apothicaires. Dans les années 1550, Michel de Nostredame s'adonne à un autre genre : les almanachs. La veine n'est pas nouvelle et Rabelais, son condisciple à la faculté de Montpellier, l'a déjà exploitée. Ce qui est nouveau, c'est la signature : Michel Nostradamus.

L'astrophile, qui donnera des almanachs jusqu'à sa mort, prend le pas sur le médecin. Sans toutefois renier l'art de quelques « exquises receptes », dont celles « de diverses façons de fardements et senteurs » et « de la manière de faire confitures de plusieurs sortes », publiées pratiquement en même temps que les premières prophéties. Celles-ci tiennent en quatrains énigmatiques groupées par centaines (les Centuries). L'édition de 1555 contenait les trois premières et cinquante-trois quatrains de la quatrième, assorties de la préface à César. Préface prudente, en ces temps où la peste n'est pas la seule « beste sauvage ». Secte et religion ont l'oreille chatouilleuse quant à « l'astrologie licite », quitte pour le devin à « rabouter obscurément » et à ne rien prétendre « qui soit contre la vraye foi catholique ». Ce que reprend, en 1558, la lettre à « Henry Second, Roy de France », qui précède les « prophéties parachevant la miliade ». Le tout publié dix ans plus tard à Lyon. Parachevant, car, de fait, Nostradamus en restera là alors que quatrains, sixains et présages fleuriront dans des éditions postérieures. Mais cela suffit à sa renommée, qui est immédiate. En juillet 1556, Catherine de Médicis le mande à la Cour pour établir l'horoscope de ses fils et en 1559, lorsque Henri II trouve la mort à l'issue d'un tournoi, confirmation est donnée : le trente-cinquième quatrain de la première centurie a prédit l'événement en ses détails mêmes :

« Le lyon jeune, le vieux surmontera En champ bellique par singulier duelle : Dans cage d'or les yeux lui crèvera Deux classes une, puis mourir, mort cruelle. »

Ce n'est d'ailleurs pas le seul quatrain qui, au fil de l'histoire, prenne un curieux relief et L'Interprétation des hiéroglyphes de Horapollo, mise au jour en 1968, est une bonne pièce au dossier des chercheurs de clés. Quoi qu'il en soit du sens caché, en 1564 Nostradamus est au faîte de sa gloire : Charles IX vient de lui confier la charge de médecin ordinaire du roi. Loué par certains, dont Ronsard, le prophète de Salon ne manque pas de détracteurs. Plus ou moins plaisants, depuis Étienne Jodelle, qui construit un distique en jouant du « nostra damus... falsa damus », jusqu'à Jules César Scaliger, qui tire de sa verve quelques nouveaux enchantements (« galeux, rogneux, pauvre sot... »), tant il est vrai qu'il peut en être de l'énigme ce qu'il en est dit dans le Gargantua : « Trouvez-y des allégories et des significations aussi profondes que vous voudrez et ratiocinez là-dessus tant qu'il vous plaira... » (chap. lviii).

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Gilbert GIANNONI, « NOSTRADAMUS MICHEL DE NOSTRE-DAME dit (1503-1566) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nostradamus/