MIYAKE ISSEY (1938- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le vêtement inachevé

Draper, gonfler, enrouler, nouer, plisser, froisser, tordre, entortiller : le vêtement, selon Miyake, n'existe que de manière performative, par la conviction, l'euphorie, bref la performance de celle qui le porte, qui l'emporte dans d'imprévisibles métamorphoses. Le vêtement-objet perd sa consistance devant un vêtement en train de se faire, à la fois « installation » mouvante parente de l'expérimentation artistique, où affleure l'esthétique japonaise de l'inachèvement, du non-fini, et affirmation du droit de chacun au bonheur du corps. « En japonais, dit Miyake, nous avons trois mots : yofuku, qui veut dire vêtements occidentaux, wafuku, qui veut dire vêtements japonais, et fuku, qui veut dire vêtements. Fuku peut signifier aussi bonne chance et, d'une certaine façon, le bonheur. Si l'on me demande ce que je fais, je ne réponds ni yofuku ni wafuku. Je dis que je fabrique du bonheur. »

Les distinctions qui jalonnent la carrière d'Issey Miyake (pour la seule année 1984, le prix Neiman-Marcus à Dallas et le prix du meilleur designer étranger du Council of Fashion Design à New York) consacrent une présence volontariste sur le marché international de la mode : dès 1971, il « défile » à New York avant d'opter en 1973 pour Paris, où il présente sa collection automne-hiver avec le groupe Créateurs et Industriels mis sur pied par Andrée Putman et Didier Grumbach, pour stimuler la création en France. Issey Miyake est un des premiers créateurs japonais à présenter ses collections en Europe. C'est à Paris qu'auront lieu désormais ses présentations et Miyake ouvre sa première boutique, à l'étranger, en 1975. De même est-il, en 1971, le premier styliste japonais à ouvrir des bureaux de presse à New York et Paris, il a alors trente-quatre ans. Ces prix consacrent aussi une démarche à la fois expérimentale et industrielle. En s'intitulant designer, Miyake déplace le discours sur le vêtement, du babil de salon, esclave des caprices de la mode mais aussi de sa rhétorique sexualisée, vers une réflexion de laboratoire sur un objet quotidien et universel, sur les processus de sa fabrication, sur les modalités de sa consommation et de ses usages dans une société désormais vouée à un individualisme, voire un hédonisme, de masse. Lors de la présentation de sa dernière collection, intitulée Just Before (1998), il développe le concept de vêtement confortable, facile d'entretien et personnalisable dans la façon de le porter, soit « une autre possibilité de création ». Après avoir lancé le parfum « Eau d'Issey » en 1999, Miyake a confié la création de ses collections à son bras droit Naoki Takizawa pour ne se consacrer qu'à son travail de recherche et en particulier au développement de ce nouveau concept de vêtement que représente A Piece of Cloth, désormais baptisé A-Poc. En conséquence, Miyake n'a cessé de faire œuvre pédagogique à travers livres (notamment le célèbre East Meets West en 1978, synthèse de son travail des années 1970 entre Orient et Occident) et expositions : citons MA : espace-temps du Japon en 1978 et Issey Miyake A-UN en 1988, toutes deux au musée des Arts décoratifs de Paris, Japan Style au Victoria and Albert Museum de Londres en 1980, Energieën au Stedelijk Museum d'Amsterdam en 1990, ou, éloquente par son titre, Issey Miyake Making Things, à la fondation Cartier pour l'art contemporain à Paris en 1998-1999.

Making Things, A Piece of Cloth : chez Miyake, on en revient toujours au tissu, à sa fabrication, à son traitement. C'est de là que naît le vêtement. « Rien ne définit ce qui peut ou ne peut pas être tissu », dit-il. Gaze de lin kaya (moustiquaire), tressages en laine inspirés des mushiro (nattes de paille), abura-gami (papier huilé utilisé pour les parapluies), lin « sac à riz », sashiko (tissu ouaté et piqué qu'on retrouve dans les tenues de kendo et de judo), shijiraori (autrefois tissé avec des déchets de coton et teint en indigo) ne sont que quelques exemples de ce fonds textile et artisanal de la tradition japonaise souvent la plus modeste que le Miyake Design Studio de Tōkyō, créé en 1970, ne cesse de retravailler selon des procédés industriels modernes. De façon similaire, il retravaille les livrées des règnes animal (serpents, papillons, poissons, coquillages, éléphants), végétal (écorces, algues) ou minéral (pierres, roches, galets) dans une sorte de mimétisme écologique chargé d'apaiser et d'embellir le règne humain. De même, Issey Miyake multiplie l [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MIYAKE ISSEY (1938- )  » est également traité dans :

KURAMATA SHIRO (1934-1991)

  • Écrit par 
  • Brigitte FITOUSSI
  •  • 550 mots

Tout au long de sa carrière, le designer japonais Kuramata Shiro a su associer à son savoir-faire professionnel une dimension poétique peu commune. Célèbre dans son pays, il reste longtemps méconnu à l'étranger et n'acquiert un renom international qu'à partir des années 1980. Il participe, dès 1981, au mouvement d'avant-garde italien Memphis, fondé par Ettore Sottsass. La France le découvre grâ […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Farid CHENOUNE, « MIYAKE ISSEY (1938- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miyake-issey-1938/