KRLEŽA MIROSLAV (1893-1981)

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L'écrivain croate Miroslav Krleža s'est distingué presque dans tous les genres : comme poète, auteur dramatique, romancier, nouvelliste, essayiste et critique littéraire. Entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, il constitue une des plus importantes personnalités de la littérature yougoslave, autour de laquelle se rassemblent les intellectuels de conviction révolutionnaire.

Malgré l'influence de l'expressionnisme allemand sur son art et celle de l'idéologie marxiste sur sa pensée, Krleža, toujours engagé d'une façon passionnée dans les combats sociaux, demeure relativement indépendant des chapelles, des écoles, de la politique. Son œuvre est marquée par l'impact à la fois bouleversant et dynamique des crises morales, des conflits de classe et de la décadence du monde aristocratique et bourgeois à l'époque de la Première Guerre mondiale et du royaume de Yougoslavie (1918-1941). Krleža représente cette époque mieux qu'aucun autre écrivain croate et yougoslave. Il a exprimé le drame de la civilisation, non seulement yougoslave et balkanique, mais aussi bien européenne. Moins connu en Occident, il est presque familier aux publics hongrois, autrichien, tchécoslovaque et polonais, les problèmes qu'il traite étant, avant tout, ceux qui concernent l'Europe centrale.

Réaliste par ses analyses et par l'image détaillée des événements sociaux, Krleža n'est jamais l'observateur impassible des mœurs. Il est plutôt l'homme et l'écrivain révolté, indigné à l'instar des anciens prophètes, qui soumet la réalité observée à sa critique impitoyable. Non sans raison, on a défini, d'une manière paradoxale, son procédé comme « l'objectivité artistique partiale et subjective ».

Esprit critique face à l'ancien et au nouveau monde

Né en 1893 à Zagreb, Krleža se destine à la carrière d'officier. Après l'école militaire à Pécs, en Hongrie, il s'inscrit au Ludoviceum, académie militaire de Budapest. Attiré par la littérature au terme de la guerre de 1914, qui a provoqué la ruine de l'empire des Habsbourg, il s'y consacre entièrement.

Partisan de l'unité yougoslave, mais encore davantage internationaliste, il prend position contre le nouvel État, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, créé en 1918. Ses sympathies vont aux révolutionnaires favorables à l'Internationale. Comme eux, Krleža critique farouchement tout ce qui existe et déclare la guerre à « tous les mensonges », à l'hypocrisie et à l'étroitesse d'esprit de la bourgeoisie, au fanatisme borné aussi bien croate que serbe, aux préjugés balkaniques et européens.

Pourtant, son adhésion à la gauche communiste ne fut jamais inconditionnelle. Krleža fut l'auteur préféré, et même l'idéologue et l'inspirateur de l'intelligentsia progressiste et marxiste, mais jamais un communiste authentique et discipliné. Il fit le pèlerinage en Russie en 1925, il s'inclina devant Lénine, mais non à la manière d'un croyant ; son esprit critique fut plus puissant que toute religion. Il ne pouvait partager toutes les convictions des communistes, ni surtout leur attitude à l'égard des lettres, ce qui l'opposa aux écrivains du mouvement communiste en Yougoslavie : M. Djilas, R. Zogović, J. Popović. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne prit point part à la résistance et à la révolution dirigées par Tito, et passa les années de l'occupation à Zagreb.

Dans la Yougoslavie nouvelle, Krleža est devenu le patriarche, l'autorité la plus incontestée parmi les écrivains croates. Vice-président de l'Académie yougoslave des sciences et des arts, c'est lui qui inspire, organise et dirige les travaux de l'Encyclopédie yougoslave. Gratifié des plus grands prix littéraires de son pays (le prix A.V.N.O.J., le prix Njegoš), il est considéré, à côté d'Ivo Andrić, comme l'écrivain majeur de la Yougoslavie. Il a également lancé quatre revues littéraires : Plamen (1919), Knjivžena Republika (1923-1927), Danas (1934), Pečat (1939-1940).

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur associé à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Dans le chapitre « Une pluralité de styles »  : […] L'œuvre monumentale de Miroslav Krleža (1893-1981) reste le point de référence incontournable pour la littérature croate du xx e  siècle. Homme de gauche resté à Zagreb, il se refuse à publier sous l'Occupation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la littérature croate de la Résistance se distingue. En témoigne le fameux poème d'Ivan Goran Kovačić (1913-1943), La Fosse commune ( Jama , 1943). Le […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Dragan NEDELJKOVIC, « KRLEŽA MIROSLAV - (1893-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miroslav-krleza/