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DELIBES MIGUEL (1920-2010)

Né en 1920, Miguel Delibes est, avec Camilo José Cela et Gonzalo Torrente Ballester, l'une des grandes figures de la littérature de l'après-guerre civile (1936-1939). Très abondante, son œuvre romanesque reflète les changements qui ont marqué l'Espagne de son temps ; marquée par un idéal d'humanisme chrétien, elle évoque souvent des êtres défavorisés ou marginaux, et s'accompagne d'une critique acerbe de la bourgeoisie de province. Partant du réalisme traditionnel, son univers foisonnant de personnages, surtout centré sur la Castille profonde, mais ouvert aux tendances modernes de l'écriture de fiction, s'impose par ses dons exceptionnels de conteur et sa maîtrise d'une langue qui sait jouer des registres les plus divers. Le roman, déclare-t-il, « c'est l'homme dans ses réactions authentiques, spontanées, sans mystification ».

Son premier roman, La sombra del ciprés es alargada (L'ombre du cyprès est allongée, prix Nadal 1947), est l'histoire d'un orphelin à jamais meurtri par une éducation malencontreuse ; ce livre, comme Aún es de día (Il fait encore jour, 1949) est marqué par un pessimisme foncier qui restera, sauf exception, une constante chez cet auteur obsédé par la mort, le malheur et la difficulté des relations entre les êtres. Dans El Camino (Le Chemin, 1950), Mi idolatrado hijo Sisí (Sissi mon fils adoré, 1953) et El Príncipe destronado (Le Prince détrôné, 1973), les protagonistes sont des enfants. Dépeints avec beaucoup de vérité psychologique, ils sont un des thèmes préférés de Delibes. Lorenzo, un modeste appariteur de lycée, raconte avec passion et une grande science cynégétique ses exploits dans Diario de un cazador (Journal d'un chasseur, 1955). Profondément enraciné dans son terroir castillan, l'auteur, grand chasseur lui-même, décrit en connaisseur le paysage et les mentalités des paysans, et transcrit leur parler populaire d'une façon admirable. Diario de un emigrante (Journal d'un émigré, 1958) poursuit le récit autobiographique du même personnage, préférant au Chili, où il a voulu faire fortune, le retour au pays natal.

La critique sociale, qui est un objet d'intérêt constant pour ce romancier – il fut directeur d'un grand journal, La Voz del Norte –, se fait plus cinglante dans La Hoja roja (La Feuille rouge, 1959) récit de la vie terne et morose d'un retraité abandonné de tous et de sa servante analphabète qu'il finit par épouser. Las Ratas (Les Rats, 1962), une des œuvres majeures de Delibes, dénonce les conditions de vie des pauvres gens des campagnes ; l'histoire est celle d'un vagabond réduit à chasser des rats pour survivre, et de son neveu, el Nini, un enfant doué d'une science mystérieuse de la nature, qui porte un regard implacable sur son entourage. La technique change dans Cinco Horas con Mario (Cinq Heures avec Mario, 1966), poignant monologue intérieur d'une femme corsetée dans ses préjugés traditionalistes, veillant le cadavre de son mari, un intellectuel marginal, aux idées progressistes. Mi-figue mi-raisin, la critique des mœurs est amère et féroce. La langue, entre-tissée d'expressions idiomatiques, donne un relief étonnant à ce lamento où réapparaît – leitmotiv obsédant de toute une génération – le spectre de la guerre civile. Dans ce drame à une voix, où le mort est interpellé désespérément comme s'il pouvait répliquer, s'esquisse l'opposition irréductible entre deux Espagnes qui n'en finissent pas de s'entre-déchirer.

D'une facture plus sophistiquée, Parábola de un náufrago (Parabole d'un naufragé, 1969) conte une fable à la Kafka ou à la Orwell : pris dans l'engrenage d'une société totalement déshumanisée, Jacinto, pour avoir voulu s'informer sur le sens de son travail, devient la victime d'un châtiment[...]

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Écrit par

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ESPAGNE (Arts et culture) - La littérature

    • Écrit par Jean CASSOU, Corinne CRISTINI, Jean-Pierre RESSOT
    • 13 749 mots
    • 4 médias
    ...autres, Camilo José Cela, qui en 1988 surprenait le lecteur avec Cristo versus Arizona et publiait en 1999 son dernier roman, Madera de boj. Quant à Miguel Delibes, il rompt, en 1998, avec un roman à caractère historique El Hereje (L'Hérétique), avec la veine plus intimiste qui pointe dans...

Voir aussi