CRIMP MARTIN (1956- )

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Né dans le Kent, élevé à Londres et dans le Yorkshire, Martin Crimp poursuit des études littéraires à Cambridge. L'Orange Tree Theatre donne ses premières pièces – Living Remains (1982), A Variety of Death Defying Acts (1985) –, tandis que, parallèlement, il écrit pour la radio – Three Attempted Acts (Giles Cooper Award, 1985), Definitely the Bahamas (prix Radio Times Drama 1986). Orfèvre de la langue, Martin Crimp est l'auteur de nombreuses adaptations et de traductions – Le Misanthrope de Molière (1996), Les Chaises de Ionesco (1997), Roberto Zucco de B. M. Koltès (1997), Les Bonnes de Genet (1999) – et d'un roman, Stage Kiss (1991). On lui doit également le livret de Into the little Hill (2006) et Written on the skin (2012), deux opéras de George Benjamin.

Dès le début, on sent dans l'œuvre de Martin Crimp une volonté de retour au théâtre du verbe : les mots, leur musicalité, leur rythme surtout sont les principaux ressorts de sa dramaturgie. Ses pièces se tissent en recourant à d'incessants effets de répétition. Circulaire, jouant des différentes formes d'un même vocable, le texte se développe par une suite d'insensibles progrès, à l'échelle d'une scène comme de l'œuvre tout entière : les thèmes effleurés ici sont repris là, faisant du texte en son entier une métaphore de l'errance existentielle des personnages. Le langage est le lieu où ceux-ci se disent, s'inventent et se rendent réels. Partant, c'est également le lieu du pouvoir et de la menace, ce qui n'est pas sans rappeler l'univers de Harold Pinter. The Country (2000), qui met en scène un couple de Londoniens retirés à la campagne pour échapper au passé et à la corruption de la ville mais qui sont rattrapés par eux, lorsqu'ils revêtent les traits d'une jeune et jolie fille, est sans doute la plus « pintérienne » des pièces de Crimp. Le langage est enfin le lieu de la dissimulation, un terrier où se replier, comme on le voit avec le nazi de Definitely The Bahamas qui renonce, grâce au langage, à poser les véritables questions sur les massacres ordonnés par lui quelque cinquante années plus tôt.

Toutes les pièces de Martin Crimp analysent un dysfonctionnement de la société : la satire, si elle n'est pas au premier plan, n'est jamais très loin. Le marché de l'immobilier constitue la cible de Dealing with Clair (1988), alors que No One Sees the Video (1991) a pour thème la transformation de l'individu en objet de consommation par une société voyeuriste que son libéralisme économique extrême pousse à faire commerce de tout. C'est la même problématique que Crimp développe plus avant dans The Treatment (1993) : construite autour d'une réflexion sur l'art, cette pièce met en scène l'univers véreux de producteurs de films new-yorkais et montre comment la jeune Anne, qui vient vendre son histoire, se fait déposséder de sa vie. La criminalité envers l'enfance est le sujet de Getting Attention : l'enfant, au centre de la problématique, n'apparaît pourtant jamais en scène. Une présence-absence qui préfigure Attempts on her Life (1997). Anne, que Crimp ressuscite après l'avoir fait assassiner dans The Treatment, y est ici recomposée, remembrée. Elle sera figurée non plus par le visuel – que l'auteur juge trop « récupéré » par les circuits commerciaux – mais par les mots : « ... les mots ne peuvent pas nous lâcher, Anne, il n'y a que nous qui pouvons lâcher », dit Andrew en écho inversé à Beckett dans Le Traitement. Jeu de construction et de déconstruction, la pièce figure un personnage que son absence même place au centre de tous les discours.

Martin Crimp ne fait pas partie de la génération des In-yer Face dramatists. Ses pièces ne montrent que rarement la violence sur scène – exception faite de la scène d'énucléation dans The Treatment et de celle du meurtre dans Play with Repeats (1989). Ses textes n'en donnent pas moins voix à une violence inouïe, car banalisée, particulièrement efficace dans les formes courtes, comme Face to the Wall (2002) ou Fewer Emergencies (2005). Il joue avec le genre de la comédie musicale dans In the Republic of Happiness (2012).

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  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Elisabeth ANGEL-PEREZ, « CRIMP MARTIN (1956- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/martin-crimp/