GEVERS MARIE (1883-1975)

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C'est un destin étrange que celui de Marie Gevers. Terrienne profondément attachée à son pays de Bas-Escaut, n'ayant pratiquement jamais quitté Missembourg, la merveilleuse demeure familiale, elle a vu la littérature lui ouvrir le monde, lui apporter la célébrité.

Marie Gevers a continué, jusqu'à la veille de sa mort, à communier avec la vie sous toutes ses formes. Ce ne sont pas seulement, pour elle, « les choses (qui) voient », comme l'affirmait É. Estaunié, mais les choses qui vivent. C'est cette tendresse, où l'on pourrait découvrir un panthéisme un peu naïf, qui anime déjà son premier recueil de poèmes Missembourg (1919). Les titres de ses œuvres décrivent parfaitement son univers : Les Arbres et le vent (1923), Antoinette, du nom de sa fille (1925), Brabançonne à travers les arbres (1931). Elle a également consacré une « biographie », qui est aussi la sienne, à l'étang qui entoure sa vieille maison, Vie et mort d'un étang (1961) ; cette œuvre, écrite en prose, n'en est pas moins celle où éclate la plus vive poésie.

Cette poésie de la nature qui horripilait André Gide est tellement le personnage principal de son roman Madame Orpha (Prix populiste 1934) que Marie Gevers a cru devoir, pour ne pas tromper le lecteur, lui donner comme sous-titre ... ou la Sérénade de mai. La Comtesse des digues (1931) est, de tous ses romans, celui qui résistera probablement le mieux au temps ; elle y raconte la lutte inlassable que doivent soutenir les gens des polders anversois contre les eaux qui sans cesse les menacent. Un autre roman de la même veine, La Grande Marée (1943), renferme des pages qui sont parmi les plus belles de celles qu'ait inspirées l'inondation. Son best-seller cependant, grâce au film qu'en a tiré Jacques Boigelot, est Paix sur les champs (1941), une paix qui ne tombera qu'après bien des luttes sur une population souvent brutale et encore livrée aux superstitions les plus primitives.

C'est la même communion avec la nature qui illumine d'autres œuvres parmi lesquelles Plaisir des météores (1938).

De son unique grand voyage à travers l'ancien Congo belge, Marie Gevers rapporta Des mille collines aux neuf volcans (1952), long poème où son lyrisme s'exalte de cette terre que n'a pas encore avilie la machine. L'extraordinaire unité de cette œuvre est en effet celle d'une vie tout entière faite d'ouverture, de compréhension, d'accueil, de chaleur fraternelle.

—  Robert LOUIS

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Robert LOUIS, « GEVERS MARIE - (1883-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-gevers/