BANDEIRA MANUEL (1886-1968)

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Enfant de Recife (Pernambouc), Bandeira a traversé les divers moments de l'évolution poétique brésilienne sans sacrifier une veine lyrique et une musicalité sensuelle qui en ont fait le poète brésilien par excellence. Dans ses mémoires, Itinéraire vers Pasargada (1954), il avoue qu'étant tuberculeux à une époque où cette maladie était sans remède, la poésie était devenue pour lui une « fatalité ». Ce qu'il ne pouvait vivre, il a su le rêver en poésie.

Très jeune, Bandeira s'exprimait avec élégance en respectant les règles de la métrique classique. Poète musical (et musicien à ses heures perdues), il choisit le vers libre comme une conquête. Durant un séjour au sanatorium de Clavadel, en Suisse, à la veille de la Grande Guerre, il devient l'ami du futur Paul Eluard. Son premier recueil poétique, Les Cendres des heures (1917), est imprégné par la mélancolie due à la maladie et aux deuils familiaux. La lecture des poètes crépusculaires italiens l'a ancré dans un scepticisme quelque peu décadent. Mais dès 1919, le ton change avec Carnaval. Bandeira adopte un registre de langue plus populaire et inaugure une révolution esthétique moderniste dont il sera « le saint Jean-Baptiste » (Mário de Andrade). Les jeunes créateurs de la Semaine d'art moderne de 1922 liront son poème « Les Crapauds » sans que cette réappropriation empêche Bandeira de rester fidèle à son lyrisme personnel. Avec Rythme dissolu (1924), on le voit tiraillé entre la tradition poétique savante et la fascination pour la richesse du monde réel. Mais sa vraie rupture avec le « lyrisme rangé » se consommera dans le recueil Libertinage (1930). Après cette cristallisation de sa manière, il multiplie ses sources d'inspiration et puise notamment dans le folklore noir (Étoile du matin, 1936).

Bandeira atteint une philosophie pratique et sans prétentions, proche de la sagesse, dans sa Lyre de cinquante ans. Il est élu à l'Académie brésilienne en 1940. Ses activités se sont multipliées au fil des années : professeur de littérature, critique d'art, il traduit Shakespeare, Schiller, Brecht, Cocteau et bien d'autres. Surtout, il sert la poésie dans ses études et ses anthologies brésiliennes et latino-américaines. Tout cela ne l'empêche pas d'approfondir son humour incisif et paradoxal dans Belo belo (1948). À cette époque, il répond ainsi à un autre poète : « Comment j'écris actuellement ? Comment j'écris des vers ? Comme j'ai toujours écrit à partir du Rythme dissolu : en ne cherchant pas à faire des vers et en laissant la charge de lyrisme s'amplifier jusqu'à rompre mon habituelle inertie, en une fatale nécessité d'épanchement. » Avec Opus 10, il prolonge ces évocations d'expériences et de souvenirs, mais le ton, plus dépouillé qu'auparavant, laisse percer un certain humanisme chrétien. La compassion (avec une pointe d'humour toujours) anime les portraits de disparus qui habitent sa mémoire dans Étoile de l'après-midi (1958). Le poète aime à offrir des vers à ses amis et il s'amuse à faire des expériences de rénovation formelle. Ainsi Mafué de malungo possède quelque chose de la spontanéité poétique d'un journal intime où il s'exprime à cœur ouvert. L'ensemble de la production littéraire de Bandeira fut publié en 1967, à la veille de sa mort (Poesias completas e Prosa, Editora José Aguilar, Rio de Janeiro). Son long parcours d'écrivain l'aura conduit du désabusement et de l'angoisse à une sérénité qui n'a rien renié de la ferveur de sa quête d'amour.

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, chargé de recherche au CNRS

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BRÉSIL - La littérature

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Pour citer l’article

Mario CARELLI, « BANDEIRA MANUEL - (1886-1968) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/manuel-bandeira/