CARRÉ LOUIS (1897-1977)

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Marchand de tableaux et directeur de galerie, Louis Carré a été aussi un éditeur d'art. Il faut prendre ici le mot « éditer » dans chacune de ses acceptions : faire paraître, montrer, publier. Les expositions qu'il a organisées prenaient en effet valeur de démonstration. Les catalogues et les livres qu'il a fait imprimer demeurent, eux aussi, exemplaires.

Né en 1897 à Vitré, dans l'Ille-et-Vilaine, Louis Carré fit ses études de droit à la faculté de Rennes. Il avait pris pour sujet de thèse la réglementation des objets en métaux précieux depuis le Moyen Âge. C'était, en 1922, le début d'un travail considérable, qui devait donner naissance à un grand ouvrage publié six années plus tard : Les Poinçons de l'orfèvrerie françaises du XIVe siècle jusqu'au début du XIXe siècle. Devenu son propre éditeur, dirigeant lui-même la publication de ce livre, Louis Carré écrivit dans son avant-propos : « Il fallait appliquer à l'étude des poinçons les règles rigoureuses de la méthode scientifique. Nous avons voulu donner une idée rapide, mais juste, d'un sujet qu'un volume entier n'eût pas épuisé. » Les règles rigoureuses ; une idée rapide, mais juste : ces mots annonçaient eux-mêmes ce qui allait caractériser chacun de ses travaux. Qu'il s'agisse de ses premières expositions : Sculptures et objets (Afrique noire, Amérique ancienne, Polynésie et Mélanésie) et Formes sans décor (argenterie antique, ancienne et moderne), en 1933, suivies par celle des Sculptures archaïques du musée de l'Acropole d'Athènes, en 1934, et par celle des Arts primitifs dans la maison d'aujourd'hui, organisée en 1935 dans la Maison de verre de Pierre Chareau. Ou qu'il s'agisse des premiers catalogues importants consacrés à Georges de La Tour et aux frères Le Nain, comme à Toulouse-Lautrec, publiés à l'occasion d'expositions présentées à New York en 1936 et en 1937. Ce sera toujours la même minutie, le même sens d'un ordre. On retrouvera chaque fois cette précision de juriste, cette érudition d'archiviste – mais surtout cet enthousiasme du véritable amateur d'art, qui semble recréer lui-même ce qu'il admire dans la façon qu'il a de le montrer et de le faire connaître. Des documents photographiques permettent de revoir la disposition admirable de tels objets d'argenterie dans une vitrine, ou de tels moulages de sculptures dans une pièce d'appartement. Les catalogues et les livres, par l'équilibre entre le texte et l'image, par le choix des caractères et la qualité des reproductions – sans parler de la distinction de tel papier rare – témoignent encore de cet amour du travail bien fait. Louis Carré, en tout ce qu'il entreprenait, montrait lui-même la conscience et la ténacité d'un orfèvre.

Comme il aimait la peinture et la sculpture, il avait le goût de l'écriture ; et il relisait souvent à haute voix telle page qui avait frappé son esprit. Il a demandé des textes à des historiens d'art comme René Huyghe, Lionello Venturi ; à des poètes comme Jean Cocteau, André Frénaud, Jean Lescure. À Jean-Paul Sartre, Léon-Paul Fargue, Blaise Cendrars, Michel Leiris, Jean Tardieu, Marcel Arland. Les peintres qu'il exposait ont souvent accepté eux-mêmes de lui confier des notes et des souvenirs : ainsi Fernand Léger, Jean Bazaine, Gromaire, ou Kupka. Et Jacques Villon. Et Émile Gilioli, le sculpteur. C'est dire l'intérêt de chacune des publications qui accompagnaient ses expositions. Un vernissage dans la galerie de l'avenue de Messine, où il s'était installé en 1938, était un événement parisien.

Sans doute l'attirance des formes rigoureuses, ordonnées, a-t-elle déterminé le choix, par Louis Carré, de ses premières expositions particulières de peintres, consacrées à Juan Gris et à Le Corbusier. Le choix de Robert Delaunay, de Fernand Léger, de Kupka ou des Duchamp participait de la même tendance. Mais il exposa aussi Paul Klee et Matisse ; fut l'ami et l'admirateur de Raoul Dufy ; rencontra souvent Pierre Bonnard.

L'œuvre à la fois très intellectuelle et intuitive de Jacques Villon pourrait demeurer comme le meilleur exemple de l'art que Louis Carré a aimé et défendu de toute sa vigueur.

S'étant rendu aux États-Unis dès 1935, pour organiser une exposition de sculptures primitives d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique centrale, il devait y retourner très régulièrement par la suite. Il avait fondé à New York, après la guerre, une succursale de sa galerie parisienne, et il eut ainsi la possibilité de f [...]

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Antoine TERRASSE, « CARRÉ LOUIS - (1897-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louis-carre/