REINIGER LOTTE (1899-1981)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Née à Berlin, Lotte Reiniger fait en 1918 la connaissance de Paul Wegener, le réalisateur du Golem, qui va lui commander, pour ses films, des titres décorés de silhouettes, et finalement, une séquence d'animation de rats articulés pour Le Ménétrier de Hamelin. À l'Institut pour la recherche culturelle de Berlin, elle suit le cours de cinéma de Paul Wegener, réalisant une séquence d'animation dans un film d'étudiant : L'Ornement du cœur amoureux (1919). Elle réalisera trois autres films à cet institut, où elle rencontrera également son futur mari, Karl Koch. En 1923, le banquier Louis Hagen propose à Lotte Reiniger de financer la réalisation d'un long métrage d'animation. Ce sera Les Aventures du prince Achmed (1926), le premier long métrage de l'histoire du cinéma réalisé image par image. Pendant trois ans, Lotte Reiniger, qui anime les personnages en compagnie de Karl Koch, travaille avec Alexander Kardan, Walt Ruttmann (le cheval magique, les effets géométriques) et Bartosch (les effets de ciel et de mer démontée). Le film rencontre un succès considérable que ne retrouveront pas les épisodes des Aventures du docteur Dolittle (1928).

Amis de Jean Renoir, Lotte Reiniger et Karl Koch, qui a collaboré à plusieurs films du réalisateur, projettent d'entreprendre un film avec Catherine Hessling. Ce sera La Chasse à la fortune (1929), qui complète la prise de vue réelle par deux bobines d'animation sur des thèmes fantastiques et catastrophiques. À partir de Zehn Minuten Mozart (1930), Lotte Reiniger ne cessera de construire ses images sur des musiques classiques (Rameau, Couperin, Lully ou Stravinski et Bizet). Parvenant à quitter l'Allemagne en 1936, elle accepte l'offre de John Grierson de travailler pour le General Post Office Film Unit ou à la Crown Film Unit : The Teacher (1937), Dream Circus (1939). Pour La Marseillaise (1937) de Jean Renoir, elle évoque l'affaire du Manifeste de Brunswick en reconstituant un spectacle de théâtre d'ombres révolutionnaire. Accompagnant en Italie Karl Koch, qui doit assister Renoir pour La Tosca, Lotte Reiniger réalise L'Elisir d'amor (1940). Elle retournera à Berlin pour entreprendre Die Goldene Gans (1944) — qu'elle ne terminera pas —, et assister à la chute de la ville. De retour à Londres, elle travaille à nouveau pour le G.P.O. et la Crown Film Unit. La Primrose Productions lui commande des productions nouvelles (Snow-White and Rose Red, The Magic Horse (1953), Three Wishes, The Grasshopper and the Ant (1954). Après la mort de son mari en 1963, son activité s'interrompt jusqu'à ce qu'un hommage au festival de Berlin (1972) et une tournée de conférences au Canada lui donnent l'occasion de diriger des ateliers d'animation destinés à de jeunes créateurs et de réaliser deux dernières productions : Aucassin et Nicolette (1976) et The Rose and the Ring (1979). Elle meurt à Deuttenhausen, en Allemagne fédérale.

Lotte Reiniger a su adapter au dispositif de tournage image par image l'art immémorial du théâtre d'ombres, ainsi que la pratique européenne traditionnelle des motifs et portraits découpés dans du papier noir, créant ainsi une forme de cinéma d'animation originale, bien que peu pratiquée (mis à part les œuvres de l'Allemand Bruno Bottge et du génial Japonais Ofugi Noburo).

En découpant finement et en articulant les motifs décoratifs et les élégantes silhouettes de ses personnages (comme dans les grands ensembles végétaux du Prince Achmed ou de Papageno) pour les animer position par position, sur un ou plusieurs supports transparents éclairés par en dessous, Lotte Reiniger travaille sur deux négatifs (personnages ou décor). Elle a su ainsi explorer (surtout dans Le Prince Achmed) toutes les ressources d'une construction d'image par transparence, utilisant un système de tournage multiplane et de nombreux moyens de traitement de la lumière : variation du nombre des couches de papier, utilisation de sable, de peinture ou d'une surface savonnée. Le noir pur des silhouettes se trouve complété par toute une gamme de gris, adoucissant ainsi la magie crayeuse des images mouvantes noires et blanches que le cinéma expressionniste confinait dans des contrastes intenses de lumière et d'ombre.

L'œuvre de Lotte Reiniger a préparé les brouillards plastiques de Berthold Bartosch, les dégradés savants des gravures animées de Claire Parker et Alexandre Alexeïeff comme les tracés affirmés des Félix le chat réalisés par Otto Mesmer, participant ainsi d'un moment particulièrement éblouissant du cinéma en n [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

André MARTIN, « REINIGER LOTTE - (1899-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lotte-reiniger/