LON NOL (1913-1985)

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Peu d'hommes auront marqué aussi tragiquement le destin de leur pays que le maréchal Lon Nol (ancien président de la République khmère), décédé en Californie le 17 novembre 1985.

Né le 13 novembre 1913 dans la province de Preyveng, fils d'un petit fonctionnaire, Lon Nol put faire de bonnes études. Il fut orienté d'abord vers la magistrature ; mais, dès 1937, il entra dans le cadre administratif et, au début de 1945, il est premier adjoint du résident dans la province de Kompong Cham. En mai 1945, sous le régime japonais, il est nommé gouverneur de la province de Kratié. À la fin de septembre 1945, juste avant le retour des Français, Son Ngoc Thanh le nomme à la direction de la police nationale.

L'ouest du Cambodge, plus particulièrement la province de Battambang, va être, pendant des années, sa zone d'action. À la fin de 1946, il participe au rétablissement de l'administration khmère dans l'Ouest restitué par le Siam et, un an plus tard, il est nommé gouverneur de la province, où il faut juguler l'insécurité causée par les Khmers Issarak (Khmers libres). Membre du Parti de la rénovation khmère fondé en 1947 par Nhiek Tioulong et qui se dit à la fois « traditionaliste et nationaliste », il devient un leader de la droite autoritaire, un adversaire du parti démocrate au pouvoir. Le roi Sihanouk, qui assume en juin 1952 tous les pouvoirs, le charge de pacifier les secteurs de Siemreap et de Battambang, toujours infestés d'Issarak et de Viet Minh, puis de mobiliser et d'organiser les « forces vives » du pays, c'est-à-dire les partisans du monarque, qui veut faire pression sur les Français. Le roi vainqueur le nomme en décembre 1953 colonel, et, en avril 1954, de nouveau gouverneur de Battambang, d'où il chasse les Viet Minh. Administrateur sans formation militaire spéciale, Lon Nol s'avère un expert de la pacification. En 1955, il succède au prince Sirik Matak comme chef d'état-major général des forces armées royales. Sihanouk vient d'abdiquer et de créer le Grand Rassemblement, le Sangkum. Lon Nol y rallie son Parti de la rénovation khmère. Il sera ensuite, et à plusieurs reprises, ministre de la Défense nationale. Il s'occupe aussi de la mise en valeur des provinces frontalières, toutes peu peuplées et déshéritées. L'armée y encadre, pas toujours adroitement, les populations montagnardes.

Devenu leader de la droite du Sangkum, il souhaite aligner le Cambodge sur Saigon et Bangkok (et les États-Unis) pour lutter contre le communisme vietnamien. Aux élections de 1966, la droite du Sangkum triomphe et Lon Nol est nommé Premier ministre (22 oct.). En mars 1967, il réprime durement, à l'ouest de Battambang, la révolte paysanne de Samlaut (qui va être exploitée par les Khmers rouges). Un accident de voiture l'oblige bientôt à se retirer (mai 1967) ; mais il revient dès mai 1968 dans le cabinet, toujours avec la charge de la Défense.

L'ouverture de la conférence de Paris sur le Vietnam pousse Sihanouk à renouer avec Washington, d'autant que la situation économique du royaume est désastreuse. Jugeant opportun de donner sa chance à la droite proaméricaine, il confie à Lon Nol la direction d'un « gouvernement de sauvetage » (14 août 1969). Cette fois, Lon Nol, qui a pris comme second Sirik Matak, retire à Sihanouk la direction effective des affaires : l'administration et l'armée ne relèveront désormais que du gouvernement, et non du prince. En mars 1970, Lon Nol entraîne son pays dans une confrontation ouverte avec Hanoi et le Front national de libération du Sud-Vietnam, accusés d'utiliser le territoire khmer pour mener leur guerre contre les États-Unis. Il exige le départ immédiat de leurs forces. Son frère Lon Non obtient alors de lui qu'il dépose sans plus attendre le prince Sihanouk – ce que le Parlement, réuni en congrès, décide le 18 mars 1970. En moins d'une semaine, la droite khmère a plongé le pays dans la guerre. Les Khmers rouges, se ralliant au prince réfugié à Pékin et soutenus par Hanoi, étendent alors leur pouvoir sur les deux tiers du pays, tandis que le gouvernement Lon Nol-Sirik Matak appelle à l'aide les États-Unis.

Lon Nol, 1970

Photographie : Lon Nol, 1970

Le maréchal Lon Nol (1913-1985), Premier ministre du Cambodge, en 1970. 

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Lon Nol et ses amis ont à la fois sous-estimé la détermination des Vietnamiens, la capacité d'action des Khmers rouges, la popularité de Sihanouk, mais également l'incapacité des Américains à retourner la situation. Washington ne pourra que soumettre le Cambodge à des bombardements [...]

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Lon Nol, 1970

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  • : docteur ès lettres (histoire), historien, professeur (relations internationales)

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Philippe DEVILLERS, « LON NOL (1913-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lon-nol/