LIU XIANG (1983- )

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Athlète chinois né le 13 juillet 1983 à Shanghai, spécialiste des courses de haies. Le 27 août 2004, lors des jeux Olympiques d'Athènes, Liu Xiang remporte le 110 mètres haies, en égalant le record du monde du Britannique Colin Jackson (12,91 s), établi en 1993. Sa compatriote Chen Yueling, lauréate du 10 kilomètres marche en 1992 à Barcelone, avait été la première Chinoise couronnée championne olympique en athlétisme. Douze ans plus tard, Liu Xiang est le premier athlète masculin à offrir une médaille d'or à la République populaire. Son succès est nettement plus significatif : d'abord, il est obtenu dans l'une des disciplines phares de l'athlétisme, longtemps dominée par les Américains, avec une performance de pointe ; ensuite, il symbolise la montée en puissance du sport chinois, qui remporte à Athènes 32 médailles d'or et 63 au total, ce qui place la Chine au deuxième rang des nations, derrière les États-Unis, mais devant la Russie. Il matérialise également la réussite du Projet 119, mis en œuvre en 2001, avec un budget annuel de 200 millions d'euros. Ce Projet 119 a été voulu par les autorités chinoises après les jeux Olympiques de Sydney. Certes, les sportifs chinois avaient déjà obtenu de bons résultats en Australie (28 médailles d'or, 58 au total, troisième place au classement des nations). Mais les représentants de l'Empire du Milieu étaient quasi absents sur les podiums pour ce qui concerne les disciplines olympiques considérées comme majeures (athlétisme, natation, sports nautiques), puisque, sur les 28 médailles d'or de la délégation chinoise, une seule (celle de la marcheuse Wang Liping, lauréate du 20 kilomètres) venait d'un de ces sports (sur les 119 possibles, d'où le nom de Projet 119). Dans la perspective des Jeux de Pékin en 2008, il était bien sûr nécessaire que les « grands » sports donnent lieu à des succès chinois. La victoire à Athènes de Liu Xiang constitue le premier résultat concret de ce programme.

Fils d'un chauffeur de taxi qui aurait souhaité que son enfant devienne un « col blanc » de la nouvelle classe moyenne chinoise, Liu Xiang s'initie à l'athlétisme à l'école des sports du district de Putuo, à Shanghai, où il pratique le saut en hauteur. C'est là qu'il est repéré par Sun Haipeng, l'entraîneur des hurdlers. Ce dernier est convaincu que le jeune garçon possède de réelles potentialités pour les courses de haies. Abandonnant le saut en hauteur, qui ne convenait guère à son gabarit (il mesure 1,89 m, une taille modeste pour prétendre briller dans cette discipline), Liu Xiang va se consacrer aux courses de sprint sur les haies hautes. La réussite est rapide. En 2000, il est quatrième des Championnats du monde junior (13,87 s). En 2001, il participe aux Championnats du monde senior d'Edmonton, où il est éliminé en demi-finale. En 2002, il bat à Lausanne le record du monde junior (13,12 s), détenu depuis dix-huit ans par l'Américain Renaldo Nehemiah. En 2003, Liu Xiang est médaillé de bronze sur 60 mètres haies lors des Championnats du monde en salle (7,52 s), devancé par son idole, l'Américain Allen Johnson, et le champion olympique de Sydney, le Cubain Anier Garcia. La même année, lors des Championnats du monde de Paris-Saint-Denis, le grand public découvre ce jeune homme qui tient tête aux Américains : il s'adjuge la médaille de bronze sur 110 mètres haies (13,23 s), derrière Allen Johnson et Terrence Trammell. En 2004, il obtient la médaille d'argent sur 60 mètres haies lors des Championnats du monde en salle (7,43 s, record d'Asie), derrière Allen Johnson. Le 8 mai 2004, Liu Xiang établit à Ōsaka (13,06 s) un nouveau record d'Asie. Avant les Jeux d'Athènes, ce temps fait de lui le deuxième performer de l'année ; seul Allen Johnson a fait mieux (13,05 s). Les ambitions olympiques de Liu Xiang sont donc légitimes. Ses chances de succès se précisent avec la chute d'Allen Johnson en séries ; l'Américain éliminé, le principal adversaire de Liu Xiang se nomme désormais Ladji Doucouré : le Français a dominé les demi-finales en 13,06 s. En finale, Liu Xiang réalise la course parfaite, alors que Ladji Doucouré, qui a heurté la dernière haie, se classe dernier. Outre la gloire et la branche d'olivier, Liu Xiang reçoit une prime de 200 000 yuans (environ 20 000 euros) : la République populaire a compris que, en sport comme dans les autres domaines, la récompense financière constitue une puissante motivation.

En 2005, lors des Championnats du monde d'Helsinki, Liu Xiang est médaillé d'argent du 110 mètres haies (13,08 s), devancé de peu par Ladji Doucouré (13,07 s). Le 11 juillet 2006, à Lausanne, Liu Xiang bat le record du monde du 110 mètres haies (12,88 s). En 2007, lors des Championnats du monde d’Ōsaka, Liu Xiang prouve une nouvelle fois toutes ses qualités. Faisant preuve d’une parfaite maîtrise technique, il remporte le 110 mètres haies, l’une des épreuves les plus relevées de cette édition, en 12,95 s, devant les Américains Terrence Trammell (12,99 s) et David Payne (13,02 s).

En 2008, Liu Xiang connaît une cruelle désillusion. Il devait être la star des Jeux de Pékin, 1,3 milliard de Chinois lui réclamant la médaille d’or. Mais, au départ des séries du 110 mètres haies, le 18 août, il doit s'avouer vaincu par la douleur : une blessure au tendon d'Achille le contraint à déclarer forfait. Les compétions d'athlétisme seront orphelines de l’icône de tout un peuple.

Liu Xiang reprend la compétition en septembre 2009 ; mais, de nouveau en proie à des problèmes physiques, il ne réalise aucune performance notable en 2010, du moins jusqu’en novembre, où il remporte le 110 mètres haies des Jeux asiatiques (13,09 s). En 2011, il semble retrouver toutes ses capacités et est cité parmi les favoris pour le titre à l’occasion des Championnats du monde de Daegu. En finale, il semble pouvoir l’emporter, quand le Cubain Dayron Robles le gêne, freinant sa course ; dépassé par Robles (qui sera disqualifié) puis par l’Américain Jason Richardson, il obtiendra néanmoins la médaille d’argent. En 2012, aux Jeux de Londres, Liu Xiang est de nouveau malchanceux : en série, il heurte le premier obstacle ; victime d’une rupture du tendon d’Achille, il voit son rêve olympique s’évanouir.

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « LIU XIANG (1983- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/liu-xiang/