LES VOYAGES DE GULLIVER, Jonathan SwiftFiche de lecture

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Une réflexion sur l'humaine nature

Passé le titre, l'attente d'un récit de voyages à la Robinson Crusoé est vite déçue. L'œuvre de Swift résiste à toute tentative de classification et emprunte à divers genres pour mieux les subvertir. Ainsi, la satire politique du début fait progressivement place à une réflexion sur la nature humaine : ni totalement Yahoo ni entièrement Houyhnhnm, l'homme ne cesse d'osciller entre sa nature animale et ses facultés rationnelles. Mais Gulliver n'est pas Swift l'ecclésiastique, pas plus que son œuvre n'est un sermon ; outre la question du genre littéraire, les Voyages soulèvent celle du statut de Gulliver. De véhicule de la satire, Gulliver en devient l'objet : la folle misanthropie dans laquelle il sombre guette tout homme qui refuse d'accepter sa nature humaine faillible. Entre les mains de Swift, Gulliver semble d'abord n'être que le miroir déformant dans lequel se reflète la réalité. Mais comme son nom l'indique, il est éminemment crédule (en anglais gullible), et ses lunettes ne l'empêchent pas d'être souvent aveugle. L'ironie swiftienne multiplie ainsi les indices révélant la sereine autosatisfaction de Gulliver, qui ne cesse de courir aux extrêmes et demeure imperméable à l'expérience.

Quant au lecteur, loin de pouvoir assister avec détachement aux errements de Gulliver, il est à son tour pris au piège, qu'il suive Gulliver aussi naïvement que celui-ci accepte ce qu'il voit, ou qu'il se dissocie de lui et s'imagine lui être supérieur, faisant montre alors du même orgueil condamnable que lui. Le foisonnement de la rhétorique swiftienne, d'une part, l'inconfort de la position de lecteur, d'autre part, reflètent la difficulté qu'il y a à accomplir véritablement son humanité dans les contradictions qui sont le lot de l'humaine condition. Tout comme Pascal, Swift contrarie non seulement l'homme mais son lecteur : « S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante. »

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Écrit par :

  • : Normalienne, agrégée, allocataire monitrice normalienne à l'université Lyon-II

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SWIFT JONATHAN (1667-1745)

  • Écrit par 
  • Henri FLUCHÈRE
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Dans le chapitre « Du réel à l'imaginaire : les « Voyages » »  : […] C'est en 1721 que Swift mentionne dans une lettre à Charles Ford qu'il est occupé à écrire l'histoire de ses voyages. Toute sa vie, le pamphlétaire, et on peut dire le poète, s'était battu contre une armée de désagréments et de maux réels, qui l'assaillaient de toutes parts, partout où il se trouvait. Une lucidité terrifiante pénétrait tous les coins d'ombre, scrutait les cœurs et les cerveaux. Pa […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nathalie ZIMPFER, « LES VOYAGES DE GULLIVER, Jonathan Swift - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-voyages-de-gulliver/