BOUGLIONE LES

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Avec les Gruss, les Bouglione, famille de banquistes d'origine italienne et gitane, restent une des toutes dernières dynasties du cirque français, alors que les noms de Médrano, Pinder, Amar ont été vendus comme des marques commerciales sous la pression des crises économiques qui frappent ce style de spectacle depuis les années 1950. La famille Bouglione, qui a illustré l'art du cirque pendant six générations, n'est pas une des plus anciennes, puisque ses débuts véritables se situent en 1926.

L'histoire, ou la légende, remonte à 1820 quand, au Piémont, le fils d'un marchand de textiles, Scipion Boglioni, épousa une gitane, Sonia, « la maîtresse des fauves ». Le couple dirigea et fit circuler non un cirque, mais une ménagerie foraine. L'un de leurs petits-enfants, Sampion, rebaptisé en France Bouglione, donna naissance aux quatre frères qui allaient asseoir véritablement la dynastie : Alfred, dit Alexandre (1900-1954), Joseph (1904-1987), Firmin (1905-1980) et Nicolas, dit Sampion (1910-1967). Il forma ses enfants à la discipline et aux métiers du cirque : Alexandre fut chargé des problèmes administratifs, Firmin fut équilibriste et dresseur de fauves, Sampion fils s'occupa de la cavalerie et Joseph des éléphants. Mais, en bons enfants de la balle, tous pratiquaient les diverses spécialités de la piste.

Sampion, le père, acquit en 1926 un grand chapiteau d'occasion et lui donna le nom de cirque Buffalo Bill. Lui-même, dans le spectacle, se fit passer pour le célèbre colonel William Cody qui, après des années glorieuses de chasse aux bisons, avait effectivement créé et animé un cirque. Mais le vrai Buffalo Bill était mort en 1917 ! Cela ne choqua pas le public qui, partout en France, se rendit en foule aux représentations de ce nouveau chapiteau.

En 1934, prenant de vitesse les frères Amar, les quatre frères Bouglione achetèrent le cirque d'Hiver, rue Amelot, à Paris. Disposant d'une importante ménagerie, de dresseurs et de dompteurs, ils utilisèrent quelque temps la piste nautique qu'avait fait installer leur prédécesseur, Desprez, pour composer de grands spectacles musicaux, aux tableaux exotiques : La Reine de la Sierra, La Princesse saltimbanque, Les Aventures de la princesse de Saba, L'Idole de Shanghai et, le plus célèbre, repris jusqu'aux années 1960, La Perle du Bengale.

Désormais rois du cirque, les Bouglione se partagèrent entre le cirque « en dur », la plus vieille « piste sédentaire du monde », et un ou plusieurs « chapiteaux voyageurs », allant jusqu'à reprendre le cirque Amar. Ils possédèrent même le cirque Médrano, de 1963 à sa destruction, en 1971.

Joseph Bouglione, qui prétendait ne savoir ni lire ni écrire (« À l'école, je préférais les animaux », répétait ce grand conteur, un peu affabulateur), fut dompteur, surtout fameux pour ses numéros d'éléphants, équilibriste, écuyer. À la mort d'Alexandre, il prit la direction du cirque d'Hiver (qui n'avait été retiré à la famille par les Allemands que pendant l'année 1940). Toujours coiffé d'un chapeau Stetson aux larges bords, il devint un grand personnage parisien, car non seulement il dirigea les programmes de ce cirque disposant d'une ménagerie en plein Paris, mais il accueillait les galas les plus divers, donnant des conseils à tous, aidant de nombreuses œuvres humanitaires.

Même si celui qu'on appelait « Mon oncle » ou « Monsieur Joseph », avec le respect qu'inspire un authentique patron, a laissé des héritiers et des petits-enfants formés au cirque, il n'a pu enrayer un déclin qu'il reconnaissait lui-même et qu'il entérina en faisant recouvrir la piste de sable du cirque d'Hiver d'un sol de bois. Destinée aux spectacles de variétés et de théâtre plus qu'au cirque, cette scène fragile est maintenue en permanence et interdit désormais tout numéro de chevaux ou d'animaux sauvages.

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Pour citer l’article

Gilles COSTAZ, « BOUGLIONE LES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-bouglione/