LEONOV LEONID MAXIMOVITCH (1899-1994)

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Fils d'un poète paysan révolutionnaire, élevé dans le milieu des marchands à Moscou, Leonov y termine ses études secondaires, combat pendant la guerre civile et, en 1922, devient écrivain de métier. Célèbre dès 1924, il est un « compagnon de route » très critiqué par l'Association révolutionnaire des écrivains prolétariens ; dans les années trente, Leonov adhère aux idées du régime et se trouve dès lors comblé des honneurs dus à un « classique » de la littérature soviétique : député, dirigeant de l'Union des écrivains depuis sa fondation, Prix Staline et Lénine.

Dans une première période très riche, Leonov se livre à des recherches et fait l'essai de manières bien différentes quant au sujet, au style, à la langue ; il utilise une langue populaire stylisée : le skaz des conteurs, ou skaziteli, dans des contes russes, orientaux, des récits fantastiques ; influencés par Rémizov, ils se situent dans le courant de la prose ornementale et sont proches des œuvres des frères Sérapion. Dans ses récits de 1922 à 1928 et dans son roman Les Blaireaux (Barsuki, 1924), Leonov peint le monde patriarcal et « sauvage » de la campagne (qu'il aime et qu'il déteste à la fois), où la révolution n'est qu'un avatar de la révolte anarchique contre la ville, et où les bolcheviks apparaissent comme « des vestes de cuir », représentant le principe de l'ordre et de l'État. Il peint la révolution, vue par un petit-bourgeois de province. Il reprend également le thème de Zamiatine de l'intellectuel individualiste pris dans la tourmente révolutionnaire : La Fin d'un petit homme (Konec melkogo čeloveka, 1922). Un très grand roman, Le Voleur (Vor, 1927), le chef-d'œuvre de Leonov, clôt cette période. Leonov y pose les problèmes dostoïevskiens du bien et du mal, de la souffrance comme prix de la justice, de la nature humaine en décrivant le milieu de la pègre qui met à profit la N.E.P. ; il s'y représente lui-même, auteur en quête de personnages, et confident des principaux héros de ce roman dans le roman. Après des voyages à travers le pays entre 1927 et 1928, Leonov écrit des romans, plus classiques de forme : La Rivière Sote (Sot', 1930), sur l'industrialisation ; Skoutarevski (Skutarevskij, 1932) décrit l'itinéraire d'un intellectuel qui, comme lui, passe de l'acceptation du régime socialiste à l'adhésion à ses idées.

En 1938, il donne des pièces sur la lutte contre l'« ennemi intérieur » et, pendant la guerre, des pièces et des articles patriotiques, puis revient au roman avec La Forêt russe (Russkij les, 1957), où le bien et le mal, incarnés dans la guerre du peuple russe contre le nazisme, s'affrontent aussi dans la lutte de deux savants, qui a pour enjeu la forêt, symbole de la Russie et de la « vie vivante ». L'enracinement dans le terroir se mue en nationalisme, tendance déjà manifestée dans la lutte contre le cosmopolitisme, et fait de Leonov un des pères du mouvement néo-slavophile. Ce roman sera une référence pour des écrivains plus jeunes, tels que Abramov ou Raspoutine. Son dernier roman, La Pyramide (Piramida, 1994) aborde la science-fiction et dénonce les dangers d'une science non maîtrisée.

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  • : agrégé de l'Université, maître de conférences à l'université de Paris-Sorbonne

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Alexis BERELOWITCH, « LEONOV LEONID MAXIMOVITCH - (1899-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leonid-maximovitch-leonov/