L'AVENIR DU PASSÉ. MODERNITÉ DE L'ARCHÉOLOGIE (dir. J.-P. Demoule et B. Stiegler)Fiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Ancien président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (2001-2007), Jean-Paul Demoule œuvre depuis longtemps pour une réelle reconnaissance de l'archéologie comme science à part entière, permettant la compréhension de l'homme et de ses productions à travers le temps. En 2004, il coordonnait un premier ouvrage collectif qui dressait le bilan de ces vingt dernières années de fouilles sur le territoire français (La France archéologique). En 2006, il publiait un petit livre exposant ce qu'est l'archéologie, ses techniques, ses visées et ses nouveaux champs d'investigation (L'Archéologie, entre science et passion). Associé au philosophe Bernard Stiegler, Jean-Paul Demoule rassemble dans une nouvelle publication dix-sept contributions qui exposent les enjeux actuels de sa discipline et cherchent à répondre à cette question fondamentale : à quoi sert l'archéologie ?

L'avenir du passé. Modernité de l'archéologie (2008) est tout d'abord un recueil de textes, issus du colloque homonyme qui s'est tenu les 23 et 24 novembre 2006 au Centre Georges-Pompidou, à Paris. Les contributions qui émanent de chercheurs appartenant à différentes disciplines (notamment l'histoire avec Ronald Wright, Emmanuel Todd ; la psychanalyse avec André Beetschen ; la sociologie avec Jean Guilaine; l'archéologie avec Jean-Louis Huot ; la paléontologie avec Yves Coppens, Stéphanie Thiébault ; l'anthropologie avec William Haglund) sont réunies dans quatre parties: « Connaître la trajectoire de l'humanité » ; « Comprendre les sociétés contemporaines » ; « Conserver et restituer le passé » ; « Archéologie et passions identitaires ».

Les deux premières parties décrivent dans les grandes lignes ce que l'archéologie apporte à nos sociétés modernes : la connaissance du passé, des origines de notre monde et de notre humanité ; la compréhension des mécanismes qui nous conduisent à être ce que nous sommes ; et aussi un certain nombre de moyens d'investigation qui ont permis d'élucider des enquêtes, par exemple dans des contextes criminels. Les thèmes abordés concernent aussi bien l'évolution du climat, l'apparition des humains, la modification des paysages que les analyses médico-légales de charniers remontant à l'époque coloniale ou concernant des conflits qui ont eu lieu en Bosnie ou au Rwanda. Si l'archéologie emprunte souvent aux autres sciences leurs méthodes et leurs techniques d'analyse, elle offre en retour des moyens de connaissance. En effet, la perception de la durée et de la succession des événements constituent des outils de compréhension déterminant pour l'explication d'une situation ou l'élaboration d'un modèle. Les études climatologiques et environnementales sont désormais les premières bénéficiaires de ces apports de l'archéologie.

La troisième partie, très courte, est consacrée à la sauvegarde du patrimoine archéologique, qu'il s'agisse d'architecture ou de mobilier. On y apprend notamment, chiffres à la clé, que le trafic des antiquités est en plein essor, et qu'il rapporte aux mafias locales presque autant que celui de la drogue.

Enfin, la quatrième partie du livre pose la question de l'instrumentalisation du passé archéologique, d'un point de vue historique tout d'abord, avec différents exemples qui traduisent le rôle de la discipline dans la construction des mythes fondateurs de nos sociétés et l'édification des identités nationales ; d'un point de vue contemporain aussi, en s'interrogeant sur la place de l'archéologie préventive, en France, notamment face aux politiques d'aménagements du territoire. Hier utilisée pour asseoir des pouvoirs et bâtir l'unité des peuples, pour légitimer des positions idéologiques ou des trajectoires politiques, l'archéologie se trouve aujourd'hui confrontée à des réalités économiques face auxquelles elle a du mal à se justifier. La réflexion développée par Jean-Paul Demoule en conclusion de l'ouvrage est à ce titre révélatrice des difficultés que connaît l'archéologie préventive, dans un monde où les intérêts financiers mènent la danse. Et cela même si le coût annuel des fouilles menées en France apparaît en réalité assez dérisoire: aux yeux de certains, l'impératif de rentabilité impose la suppression des dépenses évitables. Pourtant, les textes réunis dans les trois premières parties du recueil soulignent toute l'importance de l'archéologie moderne p [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Laurent-Jacques COSTA, « L'AVENIR DU PASSÉ. MODERNITÉ DE L'ARCHÉOLOGIE (dir. J.-P. Demoule et B. Stiegler) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-avenir-du-passe-modernite-de-l-archeologie/