L'ANGLAISE ET LE DUC (É. Rohmer)

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Tourné en décors naturels, La Marquise d'O respectait le comportement, la gestuelle, le verbe de l'époque de la nouvelle de Kleist. Perceval le Gallois, tourné en studio, renvoyait, par son décor de forme elliptique, aux sculptures et enluminures des xiie et xiiie siècles. Avec L'Anglaise et le duc, Éric Rohmer ne part pas d'une œuvre littéraire connue, mais des mémoires (apocryphes ?) d'une Anglaise royaliste, Le Journal de ma vie durant la Révolution française, de Grace Elliott. La démarche du cinéaste n'en reste pas moins identique.

La technique numérique utilisée par Rohmer pour reconstituer la topographie et l'architecture authentiques du Paris du xviiie siècle, en particulier les grands espaces comme la place Louis-XV (notre place de la Concorde), permet, sans perte de qualité ni de définition de l'image, d'incruster les personnages dans un décor totalement recréé à partir de peintures de l'époque. Mais l'exploit technique n'est pas un but en soi : une fois proposées les premières images de Paris, l'œil et l'esprit oublient l'artificialité du décor pour s'attacher aux gestes, aux paroles et aux pensées. Le hasard comme le libre arbitre ne sont jamais absents des films de Rohmer, mais ses personnages y sont toujours confrontés aux déterminations du lieu et du temps. Ici, ils surgissent littéralement du décor, tant le film joue de la relation entre les êtres et leur « cadre ». Si l'héroïne, Grace Elliott (Lucy Russel), semble bien faire corps avec le lieu qu'elle habite, elle reste « l'Anglaise » du titre, l'étrangère issue d'une culture et d'une histoire autres, qu'elle aimerait voir transposer dans le pays qu'elle a choisi. Face à elle, et merveilleusement incarné dans les traits indécis de Jean-Claude Dreyfus, le « duc », désigné par son rang et son origine : noble et héritier potentiel de la couronne puisqu'il est le cousin de Louis XVI. Lui n'a pas droit à un cadre personnel. Sans cesse en déplacement, il est toujours vu par et avec Grace Elliott.

La mise en scène de Rohmer se calque sur la chronique. Les mémoires [...]


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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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Pour citer l’article

Joël MAGNY, « L'ANGLAISE ET LE DUC (É. Rohmer) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/l-anglaise-et-le-duc/