BALMONT KONSTANTIN DMITRIEVITCH (1867-1942)

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Écrivain russe d'origine noble, Konstantin Balmont est exclu de l'université de Moscou en 1886 pour activités politiques ; après une tentative de suicide, qui marque un premier tournant dans sa vie, il s'adonne exclusivement à la poésie.

Dans son premier recueil (1890), il chante à la manière de Nadson les tourments neurasthéniques d'une jeunesse « au creux de la vague » : tristesse du citoyen déçu, désespoir, nécessité du sacrifice ; mais déjà dans le recueil suivant, Sous le ciel nordique (Pod severnym nebom, 1894), il rompt avec l'inspiration populiste et laisse éclater son besoin de vivre, de jouir de l'instant, de cultiver sa propre individualité. Il fait la connaissance de Brioussov, gagné au symbolisme par la lecture de Merejkovski (Les Symboles) et la découverte de Verlaine, et publie des recueils dont les titres à eux seuls illustrent la montée de son exaltation : Dans l'illimité (V Bezbrežnosti, 1895), Édifices ardents (Gorjaščie Zdanija, 1900), Soyons comme le soleil (Budem kak solnce, 1903), Seulement l'amour (Tol'ko ljubov', 1904), Liturgie de la beauté (Liturgija krasoty, 1905). Ces recueils enchantent le public par la musicalité impressionniste du vers, par le ton provocant, amoral, cynique, destiné à affranchir l'art nouveau des responsabilités extérieures (humanitaires, morales, utilitaires), ressenties comme des lieux communs. Nietzschéen dans son extase dionysiaque, son apologie du surhomme, sa projection par-delà le bien et le mal, mais excessif en tout jusqu'à la démesure, la caricature, Balmont est d'abord un poète lyrique à la recherche angoissée de son moi. Érotique, démoniaque, esthète, mégalomane, il irrite et scandalise par ses outrances (« Je veux être le premier, je veux être insolent »), par sa volonté de chanter les monstres, la peste, la lèpre, le meurtre, Sodome et Gomorrhe, Néron.

Qualifié de poète décadent, de produit d'une culture bourgeoise et citadine, Balmont est cependant entraîné par Gorki dans la révolution de 1905. Il écrit des vers à la gloire de la classe ouvrière et se réfugie ensuite en France jusqu'en 1913. Il publie à Paris Les Chants du vengeur (Pesni mstitelja, 1906), mais les thèmes politiques ne lui conviennent guère. Il revient vite à sa véritable vocation et publie Sortilèges (Zlye čary), L'Oiseau de feu (Žar ptica), recueils bien accueillis par le public, et déjà contestés par Brioussov, un critique pourtant favorable mais lassé par son verbalisme. Figure de proue de la première génération des symbolistes russes, Balmont est surtout le maître de la « rime intérieure », le poète des « consonances musicales ». Sa virtuosité inégalable, ses assonances, ses allitérations le poussent parfois jusqu'à la parodie. Il réserve une place considérable à la traduction : poètes élisabéthains, Blake, Shelley (son préféré), Wilde, mais également Baudelaire, Poe, Whitman, le théâtre de Calderón, de Hauptmann, d'Ibsen. Admirées en leur temps, ces traductions ont vieilli, victimes du traitement trop personnel infligé aux originaux.

Balmont fait le tour du monde et ramène des notes de voyage, des recueils folkloriques. Profitant de l'amnistie de 1913, il rentre en Russie. Patriote en 1914, rallié à la révolution en 1917, il se réfugie en France en 1921 au cours d'une mission officielle. Il traduit des poètes tchèques et polonais, publie encore des vers, reprenant des thèmes désormais démodés, mais avec les accents nostalgiques de l'exil : Aurore boréale (Sijanie, 1931). Son œuvre, peu traduite, est quasiment introuvable.

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  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, maître de conférences à l'université de Grenoble-III

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Alexandre BOURMEYSTER, « BALMONT KONSTANTIN DMITRIEVITCH - (1867-1942) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/konstantin-dmitrievitch-balmont/