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KITAHARA HAKUSHŪ (1885-1942)

Poète japonais né dans l'île méridionale de Kyūshū, Kitahara était le fils d'un riche marchand de saké ; il connut une enfance protégée et heureuse, bercée par les jeux et par les chansons, dans la petite ville de Yanagawa qui prendra dans son œuvre la dimension presque mythique d'un paradis perdu, source de toute inspiration : « Yanagawa, avec ses canaux, c'est d'abord mon village natal. Yanagawa, avec sa rivière, c'est aussi le creuset de mon œuvre poétique. Oui, c'est de l'entrecroisement des canaux, de cette topographie même, qu'a jailli ma phrase, que s'est formé mon style. » Attiré très tôt par la littérature, il se rend à Tōkyō en 1904, est salué dès 1905 par la poétesse Yosano Akiko comme une sorte d'enfant prodige : point de départ d'une fulgurante ascension qui lui confère, dans les milieux poétiques, une place de premier plan, qu'il gardera durant près de quarante ans, grâce à son activité multiforme et à l'ampleur de sa personnalité. 1905 est l'année où paraît, à Tōkyō, le recueil de poèmes européens traduits par Ueda Bin, Kaichō-on (« Le Bruit des vagues »), qui aura une influence décisive sur les poètes japonais modernes, en leur faisant connaître le Parnasse et le symbolisme. Hakushū se situe d'emblée dans le courant d'avant-garde, par des recueils de poèmes libres où il s'inspire, à sa manière, des Européens : le premier, Jashūmon (1909 ; « L'Hérésie »), commence par un énigmatique exergue (« Passé le seuil, la mélodie et sa foule de tourments / Passé le seuil, les sens et leur jardin de voluptés / Passé le seuil, les nerfs et leur amère anesthésie »), où l'on peut trouver un écho de trois vers du troisième chant de l'Enfer de Dante. Tōkyō Keibutsu-shi Sonota (1913 ; « Poèmes-paysages de Tōkyō et autres ») est une forme d'errance littéraire — qui n'est pas sans rappeler Verlaine — dans le Tōkyō ambigu du début du siècle. Mais c'est avec Omoide (1911 ; « Souvenirs ») que Hakushū s'impose de façon indiscutable. Cette autobiographie lyrique, qui fait revivre l'enfance à Yanagawa dans des textes entremêlés de termes du dialecte local, est précédée d'une longue préface, somptueux poème en prose qui éblouira les écrivains de l'époque, notamment le jeune Akutagawa. Bientôt, dans son premier recueil de tanka (poème de cinq vers de rythme 5/7/5 5/5), Kiri no Hana (1913 ; « Fleurs de paulownia »), il rénove la forme poétique la plus traditionnelle par la sensualité et la richesse des images utilisées, révélant ainsi l'exigence de sa quête littéraire : défricher, dans les genres poétiques les plus divers, des domaines nouveaux, tout en s'abreuvant aux sources de son pays. Cette démarche va l'engager, à partir de 1918, dans la création de chansons pour enfants, que seule la mort interrompra, et où son génie va s'épanouir pleinement : Usagi no Denpō, 1921, « Le Télégramme du lapin » ; Matsuri no Fue, 1922, « La Flûte de la fête » ; Tsuki to Kurumi, 1929, « La Lune et les noix ». De même, il fonde en 1935 un groupe de tanka (Tama Tanka-kai), afin de conférer à cette forme un souffle de modernité, grâce notamment au « style mystérieux et profond » qui donne aux derniers recueils du poète (Shirahae, 1934, « Vent du Sud » ; Yumedono, 1939, « Le Pavillon des rêves » ; Kurohi, 1940, « Le Cyprès noir ») un particulier éclat : « Un chien arrêté / Et dans les rayons d'hiver / Le coin de la rue / Pourquoi donc ? — avec violence / Se sont fondus dans mes yeux. » Il a également cultivé les genres du min-yō (chanson populaire) et du zuihitsu (essai au fil du pinceau). Pratiquement inconnu en Occident (en langue française, quelques traductions de ses poèmes pour enfants[...]

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Écrit par

  • : maîtrise de lettres (U.E.R. de littérature comparée, université de Paris-III-Sorbonne), diplômée d'études et de recherches appliquées en littérature japonaise (Institut national des langues et civilisations orientales, université de Paris-III), traductrice

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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