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KARACAOGHLAN (1604-1679)

À coup sûr l'un des plus grands poètes populaires de la littérature turque et, sinon le plus grand, indubitablement le plus aimé. On ne sait rien de vraiment précis sur la vie de Karacaoghlan ; seulement qu'il vécut au xviie siècle dans l'est de l'Anatolie. Les versions se contredisent quant à son pays d'origine. Une chose est certaine, c'est qu'il appartenait aux tribus nomades turkmènes et qu'il se déplaçait beaucoup. Il parle d'ailleurs dans ses poèmes d'innombrables villes qu'il aurait vues et il semble même avoir été jusqu'aux pays limitrophes. Il connaît à la perfection l'est de la Turquie, qui sert de cadre à la plupart de ses œuvres. Sa langue est d'une rare pureté et d'une extrême sobriété ; aucune fioriture, aucun mot d'emprunt. Complètement étranger à la poésie du divan, il n'a composé qu'en vers syllabiques et en quatrains sur des thèmes populaires ; il traite les problèmes et il évoque les sentiments les plus profondément ancrés dans le cœur des Turcs. Son thème favori est la nature ; il adresse des chants d'amour aux montagnes, aux sources, aux forêts. De toutes les saisons, il préfère le printemps et ses roses ; il aime parler de la course des gazelles et du vol des faucons. Il est si intimement lié à la nature qu'il semble vouloir en être lui-même un élément et, tel un sculpteur, la façonner. Mais il y a également chez lui d'autres leitmotive, comme celui de l'amour — bon nombre de poèmes empreints d'une réelle sensualité sont adressés à sa bien-aimée, dont il célèbre la beauté et dont il pleure l'absence lorsqu'il doit la quitter — ou, encore, le thème du héros, du bandit au grand cœur, loyal et courageux.

Si Karacaoghlan a subi l'influence de Pir Sultan Abdal (fin du xvie s.) et de Kul Mehmed (xvie s.), il a lui-même marqué son époque, ses successeurs, et jusqu'aux poètes du xviiie et du xixe siècle. Plus remarquable encore, presque tous ses poèmes ont été chantés à travers les siècles et sont encore aujourd'hui mis en musique. La popularité de Karacaoghlan est toujours demeurée vivace ; elle a connu un point culminant avec la monarchie constitutionnelle et le culte des valeurs nationales (fin du xixe s.). Les intellectuels contemporains admirent la pureté et le modernisme de sa langue ; le peuple voue son admiration à Karacaoghlan, figure purement anatolienne, qui a su puiser son inspiration dans les aspirations populaires les plus profondes. Chez les Turkmènes, « chanter une chanson » se dit souvent : « convier Karacaoghlan ».

— Gayé PETEK-SALOM

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • TURQUIE

    • Écrit par Michel BOZDÉMIR, Universalis, Ali KAZANCIGIL, Robert MANTRAN, Élise MASSICARD, Jean-François PÉROUSE
    • 37 012 mots
    • 22 médias
    ...à dominante syllabique. Cette tradition populaire de la poésie s'est maintenue jusqu'au xxe siècle. Elle compte de prestigieux représentants comme Karacaoǧlan (1604-1679) célébrant l'amour et la nostalgie des transhumances avec un lyrisme, une franche sensualité et une communion profonde avec la nature....

Voir aussi