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LEMAITRE JULES (1853-1914)

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Germaine Durrière débute la thèse qu'elle consacre à Jules Lemaitre (Jules Lemaitre et le théâtre, 1934) en soulignant le paradoxe de sa vie d'homme de lettres : d'une part, il proclame l'incertitude et la vanité de la critique et il s'est fait critique ; d'autre part, il dénonce l'artifice et la convention du théâtre et il s'est fait dramaturge.

Rien ne destine ce fils d'instituteur au théâtre, ni son éducation chrétienne au petit séminaire d'Orléans, dont il restera marqué, ni ses minces connaissances dramatiques, à peu près limitées aux classiques. Entré en 1872 à l'École normale supérieure, il s'y fait remarquer comme un élève brillant. De 1875 à 1884, il fait carrière dans l'enseignement tout en s'occupant de travaux personnels, un peu trop d'ailleurs au gré de l'administration. Il publie deux recueils de sonnets : Les Médaillons (1880) et Petites Orientales (1883). À la même époque, il écrit dans la Revue bleue et commence à se faire un nom. En 1884, il rompt avec l'université et décide de se consacrer aux lettres. L'année suivante, il entre comme critique dramatique au Journal des débats, où il succède à J.-J. Weiss. Vont naître Les Impressions de théâtre, neuf volumes regroupant les articles parus entre 1853 et 1914 et donnant un répertoire de la production dramatique française et étrangère au cours de deuxième moitié du xixe siècle, et Les Contemporains, huit volumes d'études et de portraits littéraires datant de la même époque. Ces pages écrites au jour le jour, qui manifestent une méconnaissance de l'histoire des mouvements littéraires, amènent Jules Lemaitre à proférer des jugements contestables. Il en est pourtant le premier conscient, lui qui a élaboré la doctrine du « critique impressionniste » qu'il déclare subjective : « Changeants, nous contemplons un monde qui change. » Le critique ne peut donc exprimer que les réactions de sa sensibilité à un moment donné.

Par ailleurs, en 1889, Jules Lemaitre se lance, sous la protection de la comtesse de Loynes, dans une carrière de dramaturge. Il débute avec une œuvre autobiographique : Révoltée (1889), suivie de nombreuses autres telles que : Le Député Leveau (1890), Le Mariage blanc (1891), Le Pardon (1895), La Bonne Hélène (1896), La Massière (1905), Le Mariage de Télémaque (1910). Dans cette période d'extrême abondance de la production dramatique, qui est également période de transition, la plus grande originalité de Lemaitre tient à l'apport psychologique de ses comédies. Pour lui, en effet, l'essentiel est d'analyser une « crise d'âme », ce qui entraîne d'ailleurs d'énormes maladresses et négligences dans l'élaboration de l'intrigue, et des solutions puériles dans la manière de régler les allées et venues de ses personnages.

Dilettante brillant, Jules Lemaitre a écrit aussi des contes : Sérénus, histoire d'un martyr (1886), Dix Contes (1889), En marge des vieux livres (1905), La Vieillesse d'Hélène (1914) et a été un conférencier mondain : J.-J. Rousseau (1907), Racine (1908), Fénelon (1910), Chateaubriand (1912). À la fin de sa vie, il s'oriente vers un conservatisme et un nationalisme qui le mènent à la tête de la Ligue de la patrie française et, plus tard, aux doctrines de l'Action française.

— Hélène LACAS

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Hélène LACAS. LEMAITRE JULES (1853-1914) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009