HOLST JOHAN JORGEN (1937-1994)

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Inconnu au-delà du cercle limité des experts, le nom de Johan Jørgen Holst apparut à la fin de l'été de 1993 dans les médias, qui, pris au dépourvu, découvrirent en lui le principal artisan de la réussite du processus de paix entre les Israéliens et les Palestiniens de l'O.L.P., qui conduisit aux accords de Washington. Quelques mois plus tard, malheureusement, ils devaient annoncer le décès de ce ministre norvégien, spécialiste compétent des questions de défense et de relations internationales, qui était passé avec tant de succès et de manière si personnelle du domaine de l'analyse théorique à celui des applications politiques les plus ardues.

Né à Oslo le 29 novembre 1937, Holst avait commencé par faire des études de russe à l'école de langues de l'armée (1958). Il se spécialisa alors en science politique et, les années suivantes, il séjourna tantôt aux États-Unis, tantôt en Norvège : université Columbia de New York (1960), Centre de recherches sur la défense d'Oslo (F.F.I., de 1960 à 1962), Centre d'affaires internationales de Harvard (1962-1963), à nouveau le F.F.I. (1963-1967), Hudson Institute de New York dirigé par Herman Kahn (1967-1969). Fort de cette formation qui fera de lui aussi bien un remarquable analyste des doctrines stratégiques américaines, notamment en matière nucléaire, qu'un expert des relations européennes à l'époque de la guerre froide — ce dont devait témoigner la publication de plusieurs ouvrages et articles, ainsi que ses interventions à l'International Institute for Strategic Studies de Londres —, il occupa le poste de directeur des recherches à l'Institut norvégien des affaires internationales (N.U.P.I.), de 1969 à 1976.

Vint alors le temps des responsabilités politiques dans les rangs des travaillistes, qui le choisirent comme secrétaire d'État au ministère de la Défense (1976-1979) puis à celui des Affaires étrangères (1979-1981). Partisan de l'adhésion à la Communauté européenne (1972), atlantiste convaincu mais devant compter avec la forte minorité pacifiste de son parti, il eut à intervenir dans le débat sur la stratégie nucléaire de l'O.T.A.N., qui conduisit à l'installation des missiles Cruise et Pershing en Europe. Il le fit en essayant de concilier les angoisses plus ou moins téléguidées des uns et les préoccupations stratégiques des autres, et en insistant sur l'intérêt d'une politique de contrôle des armements fondée sur l'élaboration d'une confiance réciproque avec une Union soviétique en pleine métamorphose. Il revint ensuite au N.U.P.I. comme directeur, poste qu'il assuma de 1981 à 1986 avant d'être désigné comme ministre de la Défense dans le second cabinet Gro Harlem Brundtland (1986-1989).

Quand celle-ci eut retrouvé la présidence du gouvernement, elle le nomma, en avril 1993, ministre des Affaires étrangères. On sait ce qu'il advint. Alors que rien ne le prédisposait à intervenir dans la poudrière du Moyen-Orient, il sut exploiter les contacts qu'un de ses compatriotes, T. Roed Larsen, entretenait avec des responsables israéliens et palestiniens favorables à la paix et offrir aux représentants des deux délégations le cadre discret de son domicile. Pratiquant au cours de quatorze rencontres une “approche familiale” des différents problèmes mobilisant aussi bien sa seconde épouse que son jeune fils Edvard, âgé de quatre ans, il réussit à désamorcer les antagonismes réciproques et à maintenir le secret indispensable au succès de l'opération, réduisant ainsi à l'impuissance les extrémistes des deux camps, qui furent placés devant le fait accompli. Par ce succès d'une portée internationale, qui devait poser les bases d'un nouvel équilibre dans une région du monde déchirée par des conflits depuis près d'un demi-siècle, Holst devait gagner une notoriété méritée qui faisait de lui un candidat tout désigné aussi bien pour occuper les fonctions de secrétaire général de l'O.T.A.N. que pour recevoir le prix Nobel de la paix. Tragiquement, la mort en décida autrement. Hospitalisé le 16 décembre 1993 à la suite d'une commotion cérébrale, il devait mourir le 13 janvier 1994.

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Écrit par :

  • : agrégé d'histoire, docteur ès lettres, professeur d'histoire moderne à l'université Pierre-Mendès-France, Grenoble

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Jean Maurice BIZIÈRE, « HOLST JOHAN JORGEN - (1937-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johan-jorgen-holst/