HARRISON JIM (1937-2016)

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Né le 11 décembre 1937 à Grayling, dans le Michigan, Jim Harrison a enseigné à l'université de Stony Brook, New York, avant de revenir s'installer dans son État d'origine, où il se retirera souvent pour écrire dans son chalet de la péninsule nord, près de Grand Marais. Harrison est surtout connu pour ses romans et ses recueils de nouvelles, tels que Legends of the Fall (1979, Légendes d'automne), The Woman Lit by Fireflies (1990, La Femme aux lucioles), Julip (1994), The Road Home (1998, La Route du retour), Westward Ho (2000, En route vers l'Ouest) ou Returning to Earth (2007, Retour en terre). Il a également publié des recueils de poèmes et collaboré à l'écriture de scénarios de films. Bien qu'il ait reçu une récompense du National Endowment for the Arts aux États-Unis, il semble avoir connu un accueil plus enthousiaste chez les lecteurs français, qui retrouvaient en lui un personnage dont il a souvent joué : l'homme de la nature, ours bourru et grande gueule se repliant dans ses forêts lorsque le monde contemporain le rebute trop.

Jim Harrison

Photographie : Jim Harrison

Par son œuvre littéraire comme par sa stature impressionnante, Jim Harrison pourrait apparaître comme la réincarnation d'une figure mythique, le coureur des bois, qui sillonnait autrefois les territoires encore sauvages à la frontière du Canada et des États-Unis. 

Crédits : Aaron Lynett/ Toronto Star/ Getty Images

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Dans son premier roman, Wolf : A False Memoir (1971, Wolf, mémoires fictifs), Swanson revient sur les vagabondages de sa jeunesse entre Boston, New York, San Francisco et le Michigan. Si finalement le personnage s'en retourne au pays, sa voix, elle, refuse de se poser. Inspirée du courant de conscience de Joyce et de Faulkner admirés par Harrison, elle enregistre l'irruption des scènes oniriques ou des souvenirs dans la conscience ; carnet de route d'un nomadisme autant sexuel que géographique, elle évoque également les romans d'Henry Miller.

Comme Wolf, la plupart des personnages de Jim Harrison se surprennent à rêver de sauvagerie. Ils se lancent volontiers dans des diatribes contre l'avidité des Blancs américains et dans d'énergiques déplorations du génocide des Indiens, péché originel des États-Unis. Dans Just Before Dark (1991, Entre chien et loup), Harrison a publié un essai sur la poésie des Indiens américains (« La Poésie comme survie »), et déclare voir en la personne d'Edward Curtis, le photographe fasciné par les derniers chefs indiens, une sorte de « frère spirituel ». Mais le Peau-Rouge n'est pour le Blanc qu'un double fictif. Le héros de Warlock (1981, Sorcier) tout comme Chien Brun dans Julip et La Femme aux lucioles n'ont d'indien que le nom ; dans les récits de la veine burlesque, l'homme sauvage apparaît sous un travestissement comique. Warlock devient détective privé après avoir perdu son emploi, et s'égare dans les grands espaces comme il se fourvoie dans ses enquêtes. Bon vivant, il évoque Falstaff, dont il partage la légère androgynie. Faux macho, il aime jouer les satyres mais tombe sur des nymphes dévergondées qui le roulent dans la farine. Il préfigure aussi l'universitaire Michael de Dalva.

Dès la fin des années 1970, Harrison s'essaie à la veine épique : dans deux nouvelles de Légendes d'automne apparaissent des silhouettes aux dimensions presque surhumaines, prises dans la violence paroxystique des vengeances mafieuses ou de la Première Guerre mondiale. Les romans plus récents, Dalva (1987) et The Road Home (1998, Le Chemin du retour), explorent l'histoire d'une famille du Nebraska depuis le milieu du xixe siècle jusqu'à la fin des années 1980, en passant par les guerres indiennes, la guerre de Corée et celle du Vietnam. Nourrie en amont de nombreuses recherches historiques, la saga prend une forme contemplative et faulknérienne : plusieurs narrateurs se relaient dans un récit où la voix des morts (à travers les extraits de journaux intimes) croise celle des vivants, et qui hésite entre la reconstitution historique des événements et une rêverie endeuillée. Peu à peu, les deux romans ramènent les personnages vers le lieu de leurs origines et se démarquent du modèle faulknérien : les narrateurs ne sont guère hantés par la culpabilité ; repas, plaisanteries et rencontres érotiques tracent les contours d'une rassurante cosmologie commune. Hommes d'action et rêveurs, les héros ont un pied dans chaque monde : Dalva est simultanément une héroïne romantique et une amazone délurée des années 1970, passant joyeusement d'un amant à l'autre.

La veine des sagas et celle des récits burlesques se rejoignent par leur traitement paradoxal du thème de la dépression : les personnages de Farmer (1976, Nord-Michigan), de « The man who gave up his name » (« L'homme qui abandonna son nom », dans Légendes d'automne), de La Femme aux lucioles, [...]

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Écrit par :

  • : agrégée d'anglais, titulaire d'une thèse de doctorat en littérature américaine, maître de conférences à l'université de Toulouse-II

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Aurélie GUILLAIN, « HARRISON JIM - (1937-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jim-harrison/