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BERTRAND JEAN-PIERRE (1937- )

Le travail du peintre Jean-Pierre Bertrand, né en 1937 à Paris, a toujours été considéré comme un unicum, l'artiste ne se pliant à aucun « mouvement », à aucune « école ». Il ne s'est inscrit sur la scène artistique que tardivement ; sa première exposition personnelle (Ludwigshafen, Allemagne) date en effet de 1970. Figure de l'art contemporain, Jean-Pierre Bertrand ne se reconnaît ni filiation ni « suiveurs ». Les catalogues, souvent conçus par l'artiste même, respectent le mystère de sa biographie et laissent apparaître la difficulté de l'exégèse (Musée d'art de Toulon, 1981 ; Centre Georges-Pompidou à Paris, 1985 ; musée d'Art moderne de la Ville de Paris, 1993).

Faisant suite à la réalisation de quelques films, les premières installations de Bertrand confrontent citrons, sel et miel, éléments de base de son vocabulaire, à la duplication (photographique), au dédoublement (dans le miroir), à l'érosion et au travail du temps (La Totalité des citrons, 1976, à la chapelle de la Salpêtrière, Paris). Depuis 1980, Bertrand utilise aussi ces matériaux pour imbiber et colorer du papier ; à ces traces se joignent des traits de crayon ou des couches d'acrylique. Ainsi, dans l’œuvre Hr Hb S/L Hr Hb (1982), le titre est issu des initiales anglaises des matériaux utilisés : H pour honey (miel), S pour salt (sel), L pour lemon (citron). Ici, seul le miel est combiné à la peinture acrylique rouge (r pour red) ou bleue (b pour blue). Mais cette « cuisine » de peintre devient alors un travail de sculpture : les papiers sont enchâssés dans des cornières métalliques et recouverts de plexiglas, auquel ils adhèrent. Ces « plaques » ou « volumes plats », d'une épaisseur invariable, sont disposées en séries sur le mur, à des distances soigneusement calculées (Mine de plomb, 1982, coll. du musée national d'Art moderne, Paris ; commande d'une installation par le musée Saint-Pierre - Art contemporain, Lyon, 1985). Imprégnés de couleur « naturelle », ces papiers, solidaires de la forme culturelle par excellence qu'est le cadre, font éclater les catégories et les hiérarchies de l'art.

Mais Jean-Pierre Bertrand ne se limite pas à l'espace intime de la feuille de papier ; il a reçu, pour des œuvres monumentales, des commandes de l'État (1 p. 100 obligatoire, hall de réception du nouveau bâtiment des Archives de Paris, 1990) ou de la délégation aux Arts plastiques (31 verrières pour l'église Saint-Andéol, Bourg-Saint-Andéol, Ardèche, avec le maître-verrier Florent Chaboissier, 1987-1991). Il a reçu, en 1990, le Grand Prix national de peinture. Depuis 1983, la Galerie de France lui a consacré de nombreuses expositions et le musée de la Ville de Paris une rétrospective en 1993, dans le cadre des rendez-vous de l'Arc IV. L’œuvre de Jean-Pierre Bertrand a fait l’objet de monographies en 1996 et 2013.

Jean-Pierre Bertrand continue son travail sur le nombre 54, qui revêt une place essentielle dans son œuvre, comme une entité énigmatique fascinante. Dans l’exposition In Search of The Miraculous (2005), au Quartier, le centre d’art contemporain de Quimper, l’artiste propose un dispositif à 54 lettres faites de tubes luminescents composant une phrase, où la répétition des mots fait rythme.

— Élisabeth LEBOVICI

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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