BERNARD JEAN (1907-2006)

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« Qu'emporterai-je dans mon dernier voyage ? Peut être l'éclat des pleines lunes, où, couché dans le fossé, j'attendais le parachutage des résistants ? [...] J'emporterai des sourires d'enfants quittant l'hôpital au bras de leur mère [...]. Et puis j'emporterai cette campagne du jardin du Luxembourg où sont mes souvenirs d'enfance, d'adolescence et mes souvenirs d'aujourd'hui. » En nous quittant, le 17 avril 2006, Jean Bernard nous conduit au jardin du Luxembourg, à Paris, « le centre du quadrilatère de la civilisation » : c'est là qu'il est devenu un grand médecin, un grand résistant, un grand voyageur, un moraliste, un poète et un écrivain.

Ayant choisi la carrière médicale après beaucoup d'hésitations (« un médecin moyen peut rendre plus de services qu'un écrivain médiocre ») et l'hématologie par hasard, il deviendra le symbole de la renaissance de la médecine française après la Seconde Guerre mondiale. Cette renaissance, il l'a préparée au cercle d'études clinique et biologique réuni mensuellement à l'hôpital Necker, club des Treize qui permettait de s'exprimer plus librement que dans les académies ou les sociétés savantes, et au comité des sages, voulu par le général de Gaulle après 1958. Il l'a surtout, personnellement, incarnée à l'hôpital Saint-Louis, au centre Georges-Hayem, où il a créé une nouvelle discipline, l'hématologie, modèle de la nouvelle médecine. Celle qui connaît le temps plein hospitalier et l'unité de lieu (patients, recherche ; enseignement). Les résultats de cette médecine, scientifique mais aussi humaine, qui se retrouvera dans toute la France, sont vite spectaculaires : guérison de très nombreux cas de leucémies (la première rémission complète est obtenue en 1947), de presque toutes les maladies de Hodgkin, analyse et traitement des désordres de l'hémostase... bon nombre de maladies du sang ne sont plus mortelles. Jean Bernard aura été l'acteur et le témoin de cette révolution biologique et thérapeutique.

Ses études médicales furent interrompues par la guerre et surtout par la Résistance où il a pris une part active, dès la fin de 1940, dans deux réseaux, l'un à Paris, l'autre à Marseille. Il fut arrêté et passa 150 jours à Fresnes.

Un vice impuni, la passion des voyages. Servi par les congrès, les conférences, l'enseignement ou les consultations médicales, Jean Bernard a parcouru le monde. Ayant goûté le plaisir de l'avion (« le voyage est pour moi repos. Point de décision à prendre ; il suffit d'obéir »), il y a trouvé dans les années 1960 un nouveau concept, l'hématologie géographique qui, reposant sur des méthodes hématologiques, éclaire l'histoire et les migrations des populations.

Ayant appris de sa mère la générosité, puis formé à la morale civique de l'école communale, il devient en 1983 le premier président du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé.

Grands enjeux médicaux du XXIe siècle, J. Bernard

Vidéo : Grands enjeux médicaux du XXIe siècle, J. Bernard

Le professeur Jean Bernard fait le point sur les avancées médicales du XXe siècle et les connaissances actuelles en répondant à quelques questions : En quoi ces progrès ont-ils transformé la médecine ? Quelles sont les maladies qui résistent à la médecine moderne ? Qu'est-ce que la... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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N'ayant pas cessé d'écrire – des poèmes jusqu'à cinquante ans puis de la prose –, Jean Bernard développe, dans sa quarantaine d'ouvrages, les thèmes de la médecine et de son avenir, du sang et de son histoire, de la nouvelle éthique médicale, de sa propre « survivance » pendant la Résistance, de la maîtrise du temps, de la vieillesse et de la mort. Il connaîtra tous les honneurs. Membre de l'Académie française (1975), de l'Académie des sciences (1972), de l'Académie nationale de médecine (1973) et de bon nombre d'académies étrangères, grand croix de la légion d'honneur, il est enterré dans la plus grande simplicité familiale et rurale, selon un poème écrit quarante ans plus tôt :« La mort m'a pris au cimetière / Assez loin des fruits défendus / Adieu funérailles altières / Seigneur, me voici rendu. »

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Jacques-Louis BINET, « BERNARD JEAN - (1907-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-bernard/