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FAUVET JACQUES (1914-2002)

Né le 9 juin 1914 à Paris, Jacques Fauvet a marqué de son empreinte deux grandes institutions : le quotidien Le Monde, qu'il a dirigé de 1969 à 1982, et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (C.N.I.L.), dont il a été le président de 1984 à 1999.

Licencié en droit, il choisit le journalisme et débute sa carrière en 1937 comme rédacteur à L'Est républicain à Nancy. Mobilisé comme officier de réserve en 1939, il est fait prisonnier et passera cinq ans dans un oflag allemand. Il y rencontre en particulier le philosophe Jean Guitton et le père Congar grâce auxquels il put, malgré la dureté des conditions de détention, poursuivre sa formation intellectuelle.

Libéré en 1945, il entre au service politique du jeune quotidien Le Monde, fondé par Hubert Beuve-Méry en décembre 1944 dans les locaux du quotidien Le Temps, interdit de reparaître. Jacques Fauvet va alors se consacrer à l'analyse de la vie politique française ; il côtoie de jeunes parlementaires, dont François Mitterrand ou Edgar Faure, et, refusant tout engagement partisan, il assume des responsabilités de plus en plus larges au Monde. Chef du service politique en 1948, il est rédacteur en chef adjoint en 1958, rédacteur en chef en 1963 puis directeur entre 1969 et 1982. Il contribue, à travers ces différentes étapes de sa carrière, à faire évoluer le journal, en particulier en favorisant le rajeunissement de son lectorat et sa diffusion au sein de la génération du baby-boom. Il est à l'origine des principaux suppléments : l'économique, le littéraire, et de l'ouverture d'une rubrique scientifique. Au départ d'Hubert Beuve-Méry en 1969, alors qu'il est lui-même cogérant du quotidien depuis un an, il prend la direction du journal, mais dans une ligne conforme aux choix du fondateur : rigueur, professionnalisme et libre exercice du droit de critique. Quand il quitte le quotidien en juillet 1982, Le Monde est désormais le quotidien français de référence avec une diffusion de 445 000 exemplaires (110 000 en 1946). Mais sa succession sera plus problématique que celle de Beuve-Méry et le quotidien connaîtra ensuite des années difficiles.

En juin 1984, après deux ans de journalisme de chronique au Provençal et à Radio Monte Carlo et une présidence du concours de l'E.N.A. (École nationale d'administration), il est élu président de la C.N.I.L. et, en quelque sorte, une seconde carrière commence pour lui. En effet, s'il a été un observateur lucide de la vie politique et un défenseur sourcilleux de l'indépendance des journalistes pendant presque quarante ans, il va s'impliquer désormais dans la protection des libertés publiques. La C.N.I.L. a été créée sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing par la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. Autorité administrative indépendante, elle a pour mission d'informer le public de ses droits en matière de protection des données personnelles et de contrôler les applications de l'informatique au traitement des données nominales. Elle est donc une institution garantissant le respect des libertés individuelles et de la vie privée dans un contexte d'informatisation croissante de la société française. Jacques Fauvet, qui sera réélu deux fois et donc présidera l'institution pendant près de quinze ans, va asseoir son autorité et son rôle dans une période particulièrement riche en applications nouvelles dans le domaine de l'informatique personnelle et des réseaux de données : commercialisation du Minitel à partir de 1984, essor de la micro-informatique domestique à partir de 1985, développement de la vidéosurveillance et ouverture d'Internet au grand public à partir de 1993. Il élargit la mission d'information de la C.N.I.L. en favorisant la création de son site Internet[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences honoraire à l'université de Paris-II-Panthéon-Assas, Institut français de presse

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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