COMPTON-BURNETT IVY (1892-1969)

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Sage vieille demoiselle anglaise, en marge des principaux courants littéraires de notre époque, tant dans sa vie que dans son œuvre, créatrice originale d'un style inimitable, Ivy Compton-Burnett atteint la célébrité après la Seconde Guerre mondiale, alors que son œuvre est déjà abondante. Elle restera le chantre des troubles passions domestiques. « Vue de l'extérieur, ma vie a été sans histoire » écrit-elle. Ivy Compton-Burnett a toujours été avare de détails quant à sa vie privée. On sait seulement qu'elle s'est passionnée pour l'étude des fleurs sauvages alpines, dont elle détenait une importante et rare collection dans l'appartement londonien qu'elle partagea plus de trente ans avec son amie Margaret Jourdain, expert en meubles anciens. D'une vie sans histoire, en effet, il nous reste une œuvre importante et originale.

Avec Pasteurs et maîtres (Pastors and Masters, 1925), Frères et sœurs (Brothers and Sisters, 1929), Des hommes et des femmes (Men and Wives, 1931) commence la longue série de romans qu'Ivy Compton-Burnett publiera, au rythme d'un tous les deux ou trois ans, jusqu'à Les Puissants et leur chute (The Mighty and their Fall, 1961), son dernier ouvrage. Ses romans sont presque entièrement menés en dialogues. Narration, exposition n'y figurent jamais. C'est d'ailleurs presque sans aucune retouche ni adaptation qu'ils ont été joués à la B.B.C. comme de simples pièces de théâtre. Ce style novateur a pu passer au début pour de la sécheresse, sinon de l'excentricité délibérée. Mais dans le cadre de l'œuvre d'Ivy Compton-Burnett, dans le contexte de ses sujets et de ses personnages, et surtout sous l'influence de la personnalité de l'auteur et de sa maîtrise parfaite de son instrument, ce qui aurait pu ne passer que pour un « truc » s'est avéré un outil d'une extrême efficacité. Ces dialogues, dont la densité n'est pas sans rappeler ceux d'Henry James, mais débarrassés des commentaires et des analyses, témoignent, par leur concentration et leur souplesse, des exigences d'un auteur en avance sur son temps et sur son public, envers lui-même et aussi envers ses lecteurs.

« Je n'ai pas l'impression de posséder une véritable connaissance organique de la vie au-delà des environs de 1910 », écrit un jour Ivy Compton-Burnett. C'est ainsi qu'elle a choisi pour cadre à ses romans l'Angleterre de la Belle Époque. Ses personnages appartiennent à la bourgeoisie rurale aisée du début du siècle. Il est impossible de résumer la trame d'un roman d'Ivy Compton-Burnett : il ne se passe jamais rien, ou si peu de chose, du moins en surface. Tout est feutré, tout se passe en douceur, la vie est tissée d'incidents insignifiants, la confection d'un feu, la découverte d'une souris dans la maison. Pourtant à travers ces dialogues innocents, à travers ce vide événementiel, une violence sourde suinte au détour de chaque corridor. C'est que le véritable sujet d'Ivy Compton-Burnett est la famille, les relations qui se nouent dans le champ clos d'un manoir provincial. Car tout se passe en coulisse : inceste, adultère, détournements d'héritages, envies, haines, despotisme. Cette vie vide, ces incidents insignifiants, nous nous en apercevons bientôt, ne sont là que pour cacher la violence clandestine, souterraine, les démons que réveille et révèle le noyau familial et qui rampent dans la demeure victorienne. Chaque famille, selon le proverbe anglo-saxon, cache un squelette dans le placard, et ce squelette empoisonne la vie et les relations familiales. Tel est le véritable sujet des romans d'Ivy Compton-Burnett.

Citons encore, par exemple, Plus de femmes que d'hommes (More Women than Men, 1933), Les Ponsonby (Daughters and Sons, 1937), Parents et enfants (Parents and Children, 1941), Les Vertueux Aînés (Elders and Betters, 1944), Ténèbres et jour (Darkness and Day, 1951), Mère et fils (Mother and Son, 1955), etc. Œuvre abondante, donc, mais aussi unité profonde de l'œuvre, qui va presque, pourrait-on dire, jusqu'à l'uniformité. Cette courte liste de titres qui offrent tous leur équilibre binaire aux appétits du lecteur potentiel le laisse présager. Sylvère Monod écrit : « Il serait imprudent d'aller acheter un livre d'elle sans emporter la liste de ceux qu'on possède déjà ; on risquerait de ne pouvoir ni par le titre ni par quelques pages feuilletées au hasard, identifier le connu et le distinguer du nouveau. » Mais cela veut dire, naturellement, que l'on retrouve chaque fois dans l'œuvre nouvelle le plaisir que l'on avait éprouvé dans l'œuvre pr [...]

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Marc BLOCH, « COMPTON-BURNETT IVY - (1892-1969) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ivy-compton-burnett/