DALIDA IOLANDA GIGLIOTTI dite (1933-1987)

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« La vie m'est insupportable, pardonnez-moi. » Ce message, par lequel Iolanda Gigliotti prit congé du monde (dans la nuit du 2 au 3 mai 1987, à Paris) après trente-deux ans de carrière, marqua, de manière irrécusable, le congédiement de son double : Dalida, la chanteuse et l'actrice, qui était sa fierté et son tourment, mais dont la réussite ne parvenait plus à étancher en elle cette soif de « quelque chose » qu'elle n'arrivait pas à nommer.

L'une repose à présent dans sa terre d'accueil, au cimetière de Montmartre, l'autre a poursuivi son parcours dans l'empyrée de la mémoire populaire, en France comme dans maints pays du pourtour méditerranéen.

Née le 17 janvier 1933 au Caire, dans une famille d'origine calabraise installée à Choubrah, un quartier populaire à dominante chrétienne, lolanda Gigliotti fut attirée très tôt par le spectacle. Lauréate d'un concours de beauté, figurante de cinéma et actrice de complément, elle émigra en 1955 à Paris. Elle y fut remarquée par Bruno Coquatrix, directeur de l'Olympia, puis par Lucien Morisse, responsable des programmes de la jeune station Europe 1, ainsi que par Eddie Barclay, P.-D.G. d'une maison de disques. Cette trinité, qui commençait alors son ascension dans le show-business parisien, exerça une influence sans doute décisive sur sa carrière.

Lancée par le succès de Bambino (1956), Dalida supplanta rapidement ses rivales, Maria Candido et, surtout, Gloria Lasso ; et, avec Gondolier, Ciao ciao bambina, Romantica, etc., elle devint la reine d'une « canzonette » à la française.

Au début des années 1960, son répertoire s'élargit, puisant dès lors dans tous les genres en vogue, du twist (1961 : Petit Gonzalès) à la chanson d'auteur (1971 : Avec le temps, de Léo Ferré) et au disco (1976 : nouvelle version de J'attendrai, chanson créée en 1938 par Rina Ketty). Bien que ses titres les plus prisés du public aient été en définitive des créations (1974 : Il venait d'avoir dix-huit ans, chanson vendue à 3 millions d'exemplaires ; Gigi l'amoroso), il serait plus exact de parler, à son propos, d'absence de répertoire : la plupart de ses succès étaient constitués de reprises, en cover, de chansons déjà illustrées par d'autres interprètes avant d'être coulées dans le moule vocal et phonétique qui lui était propre.

La vie médiatisée de Dalida répondit de manière plus qu'exemplaire, superlative si l'on peut dire, à l'attente d'un certain public, qui finit par voir en elle une sorte de sainte, sacrifiée sur l'autel de l'amour.

On peut dater très précisément le moment où son image subit une métamorphose décisive : ce fut en 1967, lorsque les journaux révélèrent le suicide de son ami, le chanteur italien Luigi Tenco. Dès lors, ce ne fut plus la vedette ou la chanteuse que l'on reconnaissait, mais la femme que l'on admirait ou que l'on plaignait. Le public venu l'acclamer à l'Olympia ou dans ses tournées savait que, derrière les sourires et le strass, il y avait les coulisses de la vie, avec leur poids de tragédie. Personnage porte-sentiments, Dalida était de ce fait reçue comme une interprète « crédible », dont les chansons apparaissaient comme des transpositions idéalisées d'histoires et d'affects partagés avec son public.

Parallèlement à sa carrière française, scénique et discographique, Dalida se produisit sur les scènes étrangères. Enregistrant en huit langues, elle connut le succès en Allemagne, la gloire en Italie – où elle enregistra plus de deux cents titres – et la consécration dans son pays natal : en 1977, ses galas du Caire et d'Alexandrie mobilisèrent des foules énormes venues crier leur reconnaissance à Dalida dialna (« notre Dalida »), l'enfant de Choubrah qui, enfin, avait redécouvert leur langue. Sa dernière expérience artistique – le rôle de la grand-mère généreuse du Sixième Jour, de Youssef Chahine – eut d'ailleurs pour cadre cette vallée du Nil qui l'avait vue naître.

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Écrit par :

  • : diplômé de l'École pratique des hautes études, chargé de cours à l'U.F.R. de musique et musicologie de l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Jean-Claude KLEIN, « DALIDA IOLANDA GIGLIOTTI dite (1933-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iolanda-dalida/