IMRU'L-QAYS (mort en 550 env.)

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Grand nom de la littérature arabe préislamique, tenu pour le premier maître de sa poésie, Imru'l-Qays b. Ḥudjr n'est peut-être qu'une figure de légende. Car tout suscite le doute, son nom, sa filiation, sa vie, son personnage, son œuvre. Un véritable roman épique s'est constitué autour de lui, mêlant le vrai au faux, rapprochant des données biographiques et historiques qui n'ont, en fait, aucun lien entre elles, lui attribuant des poèmes dont il n'est pas l'auteur. Deux éléments marquent ce récit semi-légendaire : Imru'l-Qays aurait été le fils du dernier roi des Kinda, Ḥudjr, et aurait passé sa vie à combattre pour reconquérir le royaume perdu de ses ancêtres. Prince donc, et de comportement seigneurial, mais prince malheureux, voilà un thème qui se prête à l'invention. Il manque à ce destin la parure de l'amour, on la lui donne. Dès son adolescence, le poète est montré en heureuse compagnie, chassant, buvant, aimant, à la tête d'une joyeuse bande. Prince, séducteur et poète, il peut entrer dans sa légende. Elle le fait périr empoisonné, dans une tunique de Nessus offerte par l'empereur de Constantinople, Justinien, dont il a séduit la fille tout en obtenant de lui une armée pour reconquérir son trône.

Le millier de vers transmis sous son nom, et notamment la célèbre mu‘allaqa, nous laisse évidemment perplexes. Il semble toutefois possible de tirer deux conclusions. Tout d'abord, plusieurs fragments paraissent authentiques et expriment la grande tradition poétique du désert arabe. D'autre part, les pastiches mis sous le nom d'Imru' l-Qays, s'ils ne peuvent servir à l'analyse d'une production particulière, traduisent la volonté d'imposer une norme poétique, un idéal d'expression dont il faut tenir compte si l'on veut apprécier correctement l'histoire d'une littérature qui, à ses débuts, fait peu de place aux notions d'auteur.

—  Jamel Eddine BENCHEIKH

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Jamel Eddine BENCHEIKH, « IMRU'L-QAYS (mort en 550 env.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/imru-l-qays/