HAACKE HANS (1936- )

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Artiste allemand vivant depuis 1965 à New York, Hans Haacke (né en 1936 à Cologne) occupe dans l'art contemporain une position en marge de toute catégorie, même si sa démarche peut s'apparenter par certains aspects à l'art conceptuel. Considéré comme un artiste politique, terminologie qu'il faut prendre dans un sens large, le travail de Hans Haacke, souvent rejeté en fonction de son contenu polémique, s'est développé à partir du postulat radical que l'art a une fonction sociale, donc implicitement politique et idéologique. Débutant en 1960 comme peintre abstrait dans un contexte privilégiant un art formaliste, sans contenu, Hans Haacke va chercher à réinsérer l'art dans un contexte social, à lui redonner un sens, considérant que l'art est un microcosme qui n'est pas sans lien avec l'économique, le politique, l'historique, etc. ; il va utiliser le terrain artistique pour effacer, entre autres, le malentendu provoqué par l'art politique, séquelle du réalisme socialiste.

Très vite Haacke s'éloigne de la peinture et conçoit des objets, proches formellement du minimalisme, mais qui tentent déjà de mettre en évidence des phénomènes interrelationnels pour provoquer une prise de conscience chez le spectateur : par exemple Weather Box (1963), une boîte en plastique remplie d'eau distillée et soumise à des conditions atmosphériques variables. Une telle expérience va l'amener à s'intéresser plus précisément au monde animal et biologique, et donc à l'homme : à son environnement et aux facteurs d'évolution et de changement de celui-ci. Moma Poll, travail présenté au musée d'Art moderne de New York en 1970, consistait en deux urnes de scrutin automatiques qui amenaient les visiteurs à répondre par oui ou par non à une question d'ordre politique.

Dès cette période, la démarche de Haacke, qui progressivement abandonne les objets au profit d'installations constituées de documents photographiques et de textes, n'est pas sans susciter des réactions de la part des institutions qui parfois refusent ses projets, arguant du fait qu'un tel travail ne concerne pas un musée. Ainsi le Guggenheim Museum de New York annula-t-il en 1971, à la veille de l'ouverture, l'exposition prévue, Haacke n'ayant pas voulu modifier son travail qui dénonçait la concentration de biens immobiliers par une seule société dans les quartiers pauvres de Manhattan et de Harlem. Les œuvres suivantes vont s'orienter plus précisément sur les rapports de l'art et du monde des affaires, pour démontrer que l'utilisation de l'art n'est ni neutre ni innocente du point de vue idéologique. Exemplaire à ce sujet est le travail fait autour du tableau de Manet Botte d'asperges (1880) qui devait être présenté au musée Wallraf de Cologne (auquel appartient l'œuvre), lequel le refusa : sous forme de textes et de photographies noir et blanc juxtaposés, Haacke relatait l'histoire du tableau à travers ses différents propriétaires, quand celui-ci n'était pas encore une œuvre muséale.

Haacke va ensuite entreprendre une série d'œuvres qui soulignent l'ingérence de grands trusts internationaux dans le monde de l'art, comme British Petroleum ou Mobil Oil. Dans le même esprit Voici Alcan, exposé en 1984 à la Tate Gallery de Londres (1983, coll. National Gallery of Ottawa : trois grands panneaux en couleurs), montre tour à tour deux photos de scènes de l'opéra Norma et une photo d'un leader noir assassiné en Afrique du Sud. Sur chaque document, un texte explique le rôle de la filiale d'Alcan en Afrique du Sud, la plus grosse firme productrice d'aluminium, qui par sa politique d'emploi favorisait l'apartheid, mais qui pour son image de marque subventionne de grandes manifestations culturelles comme la production de la Norma à Montréal. Les Musts de Rembrandt, œuvre reposant sur le même principe et exposée au Consortium de Dijon en 1986, souligne les activités de la société Cartier en Afrique du Sud. En 1989, le Centre Georges-Pompidou à Paris présente son œuvre des années 1980 sous le titre évocateur d'Artfairismes. Organisée par le même musée, l'exposition Les Magiciens de la terre (1988-1989) lui donne l'occasion de protester contre l'assassinat de Dulcie September, représentante du Congrès national africain à Paris (A.N.C.) : la fontaine aux lions du parc de la Villette porte les couleurs du drapeau de l'organisation. Dans un chariot de supermarché, de petits drapeaux américains flottent frénétiquement : cette installation amèrement ironique souligne [...]

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Écrit par :

  • : conservateur à l'A.R.C., musée d'Art moderne de la Ville de Paris

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Pour citer l’article

Béatrice PARENT, « HAACKE HANS (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hans-haacke/