BÉART GUY (1930-2015)

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Guy Béart est né le 16 juillet 1930 au Caire dans une famille juive égyptienne francophone. Son père, homme d’affaires, se déplace beaucoup. Le jeune Guy Béart va donc passer son enfance entre la Grèce, le Mexique et le Liban, où la famille se fixe en 1940. Il obtient son baccalauréat à Beyrouth, puis suit des études de mathématiques, avant de partir s’installer à Paris avec sa famille. Là, il se partage entre des études de musique au Conservatoire national et des études scientifiques. Diplômé en 1952 de l’École nationale des ponts et chaussées, il commence à travailler dans une entreprise de construction. Parallèlement, il compose des chansons en s’accompagnant à la guitare. Il les fait écouter à sa famille et à ses amis, avant de se produire à partir de 1954 dans les cabarets de la rive gauche. Très timide, il possède un atout : des yeux bleus magnifiques. Rive gauche, on l’entend donc dans des lieux renommés comme La Colombe, Le Port du Salut, et, rive droite, dans le cabaret de Patachou ou aux Trois-Baudets, dont le gérant est Jacques Canetti, également à la tête de Philips. Guy Béart intègre ainsi la prestigieuse maison de disques.

Guy Béart

Photographie : Guy Béart

Après s’être produit dans les cabarets de la rive gauche, Guy Béart s’est fait connaître du grand public par ses mélodies qui se situent directement dans la tradition de la chanson française. 

Crédits : S. Gaudenti/ Kipa/ Corbis

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Son premier 33-tours sort en 1957. C’est, curieusement, Bal chez Temporel, une chanson dont le texte d’origine est d’André Hardellet, qui va constituer le premier grand succès populaire de Guy Béart, incitant le grand public à écouter ses propres compositions. On est à l’heure des interprètes : Patachou (avec Temporel), Juliette Gréco (Il n’y a plus d’après) et Zizi Jeanmaire (La Chabraque, sur un texte de Marcel Aymé) l’imposent au grand public. En 1958, L’Eau vive est un succès.

Assez vite Guy Béart séduit par sa voix presque orientale, et ses textes novateurs. On parle alors des « trois B »  : Brassens, Brel, Béart, en oubliant Ferré et bien d’autres. Il écrit avec légèreté, sans s’interdire la mélancolie, et s’amuse à des jongleries stylistiques. Le langage est simple, porté par des mélodies qui s’inscrivent facilement dans la mémoire. Il enregistre deux albums de chansons traditionnelles françaises. Vive la rose (1966) est un succès. Le chanteur flirte volontiers avec l’absurde, alors très en vogue. Une autre composante de son inspiration le conduit à écrire des chansons somme toute moralisatrices : La Vérité, Le Grand Chambardement, Qui suis-je ? Guy Béart sait transformer des idées graves en refrains qui vous restent dans la tête. En 1963, premier chanteur français à essayer de secouer le joug des grandes maisons de disques, il crée sa propre marque, Temporel.

Mais une nouvelle génération arrive : les « yé-yé » et leurs rythmes américains changent la donne. Guy Béart ne fera jamais de concession et conservera l’orchestre de ses débuts : sa guitare, une deuxième guitare d’appoint, plus virtuose, un accordéon, une basse, une rythmique effacée. Plus mondain que Ferré et Brassens, tout en fréquentant le milieu artiste germanopratin, il devient l’ami du couple que forment Claude et Georges Pompidou. En 1966, il propose à la télévision son premier « Bienvenue », inventant la télévision d’aujourd’hui qui mélange tout : la chanson rive gauche et les yé-yé, avec le meilleur de la musique classique, du jazz… Sont également présents la littérature (« Bienvenue à Aragon et Elsa »), l’humour et la politique (pas trop corrosive). En six ans (pendant lesquels Mai-68 n’est qu’une parenthèse), il produit et anime soixante-dix émissions, laissant des centaines d’heures d’archives, avec des artistes d’exception jouant en direct.

Mais, en se montrant trop à la télévision, Guy Béart s’use. Quand ses émissions s’arrêtent en 1970, le public de la chanson commence à s’éloigner de lui... Ce qui ne l’empêche pas, au cours de ces années, de se faire applaudir à la fête de l’Humanité et au théâtre des Champs-Élysées (1967), et de connaître le succès avec des albums comme La Fenêtre (1969), L’Espérance folle (1971) ou Couleurs du temps (1973), dont la chanson-titre est un succès.

Un autre combat le mobilise, le cancer, qui va le tenir longtemps à l’écart des scènes et des studios d’enregistrement. Il revient en 1986 avec un titre optimiste, Demain je recommence. Pourtant, ce que le public va retenir de cette année, c’est son altercation, au cours de l’émission « Apostrophes », avec Serge Gainsbourg, qui a le vent en poupe. En 1987, Guy Béart publie L’Espérance folle, où il évoque sa maladie. En 1989, il se rend au Liban en pleine guerre civile, retrouve les lieux de son enfance transformés en champs de bataille, et crée la chanson Liban libre. L’Académie française lui décerne en 1994 la Grande médaille de la chanson française pour l’ensemble de ses chansons. En 1999, il se produit à Bobino. L’album En public gardera trace de ces concerts.

En 2010, quinze ans après son dernier album enregistré en studio, Le Meilleur des choses reste dix semaines à la 60e place des ventes d’album en France. Sa maison de disques sort alors une anthologie de son œuvre. Pour sa génération, il reste Guy Béart ; pour les plus jeunes il est le père d’Emmanuelle Béart, qui connaît une belle carrière d’actrice.

Le 17 janvier 2015, Guy Béart donne son dernier concert à l’Olympia. À ses côtés, trois musiciens, dont l’accordéoniste de Barbara, Roland Romanelli. Huit mois plus tard, le 16 septembre 2015, Guy Béart meurt à Garches (Hauts-de-Seine), à la suite d’un arrêt cardiaque.

Personnage complexe, Guy Béart n’attirait pas toujours la sympathie. Il ne faudrait pas pour autant oublier l’importance de l’artiste, comme chanteur, auteur et mélodiste. Il a rénové la chanson, avec sa voix plus proche d’un Farid El Atrache que de Brassens ou Bécaud, cette voix blanche qui module les mots en douceur avec une diction étincelante. Sa production de chanson est éclectique mais, à côté de ses « cent classiques », quand il écrit Hôtel Dieu, sur la mort de sa mère, s’aventurant vers des régions de la douleur qu’il a peu fréquentées, il se montre tout à fait majeur.

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Hélène HAZERA, « BÉART GUY - (1930-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guy-beart/