DU VAIR GUILLAUME (1556-1621)

Considéré par un grand nombre de ses contemporains comme le magistrat le plus éloquent du siècle, Guillaume Du Vair fut un des représentants caractéristiques de son époque, de toute une tradition d'hommes de loi que leur culture latine et grecque amenait à une forme de philosophie du droit. Les charges qu'il occupa le placèrent toute sa vie à mi-chemin du juridique et du politique : conseiller au parlement de Paris, maître des requêtes de Henri IV, président du parlement de Provence, il acheva sa carrière sous Louis XIII comme garde des Sceaux, et fut, en outre, sacré évêque de Lisieux en 1617. Les guerres de Religion n'offraient à ce juriste qu'un parti, celui de l'État, c'est-à-dire de la royauté, et les Exhortations à la paix et autres « harangues » le font ranger dans le parti tiers, celui auquel on a donné le nom de parti des « Politiques » et qui regroupa la plupart des humanistes. Ses œuvres nombreuses ont d'ailleurs été publiées sous le titre global d'Œuvres politiques, morales et meslées.

La volonté constante d'introduire et de faire régner la morale dans la politique est manifestée avec force et une certaine naïveté tout au long de ses écrits. Traducteur et commentateur de Démosthène et de Cicéron, le magistrat a réuni les éléments d'une œuvre proprement judiciaire (Arrests prononcez en robe rouge), avec une sorte de mode d'emploi (De l'éloquence française...). Mais la technique oratoire ou la connaissance de la jurisprudence ne l'intéressaient apparemment que dans la mesure où il pouvait espérer faire triompher ses thèses philosophiques et religieuses : on ne sait qui prédomine dans son austérité, du chrétien sévère des Méditations sur les Psaumes, sur Job, sur Jérémie, ou du stoïcien de stricte obédience visible dans le Traité de la constance et de la consolation, qui tente de faire servir les argumentations des stoïciens Sénèque et Épictète à la défense de la foi chrétienne. Exemple particulièrement net de ce que le syncrétisme doctrinal du début du siècle devient pendant les guerres civiles, avant de trouver un terme et un accomplissement dans l'œuvre de Bossuet : toute la philosophie antique avait désormais, et pour longtemps, un rôle d'auxiliaire dans le mouvement apologétique. Avec Du Vair, ce rôle était particulièrement souligné par le déploiement d'une éloquence — aux dires de ses contemporains — magnifique, que l'on peut imaginer à lire ses phrases, véritables périodes latines interrompues à temps pour que l'attention ne se lasse pas. Du Vair fut réédité durant tout le xviie siècle, puis oublié.

—  Jean-Yves POUILLOUX

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé des lettres classiques, maître de conférences en littérature française à l'université de Paris-VII

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  • Écrit par 
  • Antoine ADAM
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Dans le chapitre « Une carrière de cour »  : […] Né à Caen, François de Malherbe appartient à une famille qui se vante d'une vieille noblesse, mais dont le milieu social est celui des fonctionnaires et des juristes qui forment, dans cette ville, un groupe particulièrement actif. C'est ainsi qu'à dix-neuf ans il commence à écrire des vers. Il est vain de les juger maladroits. Ce qu'il faut dire, c'est qu'ils correspondent à la poésie des humanist […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Yves POUILLOUX, « DU VAIR GUILLAUME - (1556-1621) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guillaume-du-vair/