BELLI GIUSEPPE GIOACHINO (1791-1863)

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Belli est, à côté du Milanais Carlo Porta, le plus grand poète italien en dialecte. Versificateur satirique et burlesque applaudi dans les cénacles officiels d'une Rome pontificale culturellement indigente, il n'a été sauvé de l'oubli que parce qu'a été sauvée du feu, auquel par testament il l'avait condamnée, certaine cassette renfermant des manuscrits inédits, qui ont assuré sa gloire posthume : y étaient contenus 2 279 sonnets en romanesco (la langue de la plèbe romaine), dont la génialité d'inspiration et de conception, la qualité esthétique et le contenu explosif et gaillard en ce qui touche le sexe, la politique et la religion sont en si violent contraste avec la médiocrité littéraire et le conformisme idéologique de l'affligeante production en italien de l'époque que cette contradiction constitue le problème central sur lequel s'affronte la critique, divisée dans ses interprétations mais désormais unanime pour classer Belli parmi les grands de la littérature italienne et internationale.

L'alternance chez Belli de différentes personnalités peut être mise en relation avec un besoin viscéral de sécurité, qui a fait se succéder une jeunesse orthodoxe, une maturité libérale, voire jacobine, une vieillesse réactionnaire. Car Giuseppe Belli, né un 7 septembre, n'a pas grandi dans le bonheur : orphelin à dix ans d'un père autoritaire, il continue ses études grâce aux sacrifices d'une mère qui, remariée, meurt, en 1807. Des protections familiales et ecclésiastiques permettent alors au chétif et sombre adolescent de trouver des emplois alimentaires et d'approcher les cercles littéraires. Il participe ainsi à la fondation de la très traditionaliste Accademia Tiberina (1813), où il obtient un succès de chapelle. Une comtesse veuve et riche, son aînée de treize ans, le remarque, le protège et l'épouse (1816). L'Amour manque, que Belli cherchera auprès de la jeune Vincenza Roberti, puis de l'actrice Amalia Bettini, mais la Mère est retrouvée, et l'aisance matérielle est assurée pour vingt ans, ainsi que l'otium cum dignitate où s'épanouiront les Sonnets. Fonctionnaire pontifical pour la forme, Belli fréquente désormais en égal la classe dirigeante. En hiver, il mène une vie mondaine et salonnarde à Rome. L'été, il voyage, seul, visitant ses propriétés, retrouvant des amis ou Vincenza Roberti. Ces voyages élargissent son horizon culturel : il lit Voltaire et les philosophes, Volney, Mme de Staël, des libéraux italiens et français. En 1827, il découvre l'œuvre de Carlo Porta : sa propre voie lui est révélée ; il rompt avec la Tiberina et la culture provinciale. En dix ans il écrit la quasi-totalité des sonnets en romanesco. Cette période d'expansion de la personnalité de Belli s'achève en 1837, à la suite du bouleversement économique dû à la mort de sa femme. Belli doit alors changer de train de vie, reprendre son emploi, s'occuper d'un fils, né en 1824, dont l'avenir l'angoisse. Il fait retour au conformisme et à la Tiberina et condamne au feu les Sonnets. Il en écrira pourtant encore trois cents en dix ans. Mais l'année 1848 marque le terme. Épouvanté par les révolutions, Belli se fait, en vers, le champion de la foi, de la réaction, de l'anticommunisme. Il meurt d'apoplexie.

Nées dans l'ombre de la Tiberina, les poésies en italien sont essentiellement des sonnets et des épîtres d'inspiration satirique et familière, parfois moralisante, à quoi s'ajoutent des compositions religieuses, et les sonnets pétrarquisants pour Vincenza Roberti, les seuls vers, ou presque, à avoir quelque modeste dignité littéraire.

Les sonnets en romanesco sont, par contre, un triomphe solaire. Œuvre clandestine circulant en manuscrit ou oralement du vivant de l'auteur, les Sonnets, que Sainte-Beuve, grâce à Gogol, signala, ont été imprimés après bien des vicissitudes. On en a attendu plus d'un siècle une véritable édition critique (Mondadori, 1952). Belli a clairement exprimé son propos : « J'ai décidé de laisser un monument de ce qu'est aujourd'hui la plèbe de Rome. » Or la plèbe est ignorante et grossière : elle se querelle, mange, boit, fait l'amour devant nous, gaillardement. Elle est misérable, souffre et se plaint. Naïve et malicieuse, superstitieuse et fanfaronne, badaude et malveillante, gobeuse et dénonciatrice, elle a la langue bien pendue : entrée en littérature par la grâce d'un Belli soucieux de réalisme, elle en dit de toutes les couleurs, avec une verve drue où appeler un chat un chat est un p [...]

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Francis DARBOUSSET, « BELLI GIUSEPPE GIOACHINO - (1791-1863) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-gioachino-belli/