MOORE GEORGE AUGUSTUS (1852-1933)

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Né à Moore Hall, dans l'ouest de l'Irlande, Moore est élevé dans un collège catholique anglais. Dès l'adolescence, semble-t-il, il perd la foi. Il sera jusqu'à la fin de sa vie agnostique. Choisissant de vivre loin de la catholique Irlande, il séjourne à Paris (1873-1880) puis à Londres. Viscéralement attaché malgré tout au pays natal, il rejoindra Dublin en 1901, à l'appel de Yeats, pour participer au mouvement de la renaissance littéraire irlandaise. Déçu, il repartira pour toujours à Londres en 1911.

À Paris, deux découvertes l'avaient enthousiasmé : l'impressionnisme et le naturalisme. À Londres, il devra longtemps polémiquer pour défendre Zola, la liberté d'expression et ses propres romans, pour faire admettre aussi les peintres impressionnistes. Ses articles sur Ibsen et le « Théâtre libre » d'Antoine pousseront à la création de l'Independent Theatre Society. Moore se fait là une réputation d'expert qui le suivra jusqu'à Dublin. S'il survit littérairement, ce n'est cependant pas par les pièces qu'il écrit. Le roman lui convient mieux. Il y a de l'audace dans ses premières œuvres « naturalistes », même si leur scientisme est peu satisfaisant. Aux récits qui mettent en scène des dons Juans travaillés par un pessimisme fin-de-siècle, on préférera Femme de cabotin (A Mummer's Wife, 1884), récit de la déchéance alcoolique d'une jeune femme enlevée à son milieu d'origine puritain par un chanteur d'opérettes, Drame de la mousseline (A Drama in Muslin, 1886), peinture sociale vivante et lucide de l'Irlande, et surtout Esther Water (1894), histoire d'une servante, femme énergique, au grand cœur, sauvée par un sûr instinct.

À travers son amitié avec Édouard Dujardin, Moore reste en contact avec le mouvement des esprits sur le continent. Sans se convertir vraiment à l'idéalisme de la génération symboliste, il est marqué par des découvertes telles que le monologue intérieur, le roman russe, D'Annunzio, le wagnérisme, Maeterlinck... Entre 1894 et 1896, il prend position en faveur d'une littérature de la suggestion portée par une narration continue... Mais dans Evelyn Innes (1898), roman « wagnérien », il ne domine pas assez son sujet. Dans Terres en friche (The Untilled Field, 1903), recueil de nouvelles, une prose assez astringente fait partager au lecteur les révoltes et les sympathies de l'auteur devant les réalités de l'Irlande rurale. Le jeune James Joyce aimera ce livre. The Lake (1905) narre dans un style envoûtant l'histoire d'un prêtre irlandais qui perd la foi. Les Vacances d'un conteur (A Story-Teller's Holiday, 1918) marque la conjonction de la prose saisie dans sa continuité narrative et de l'art des conteurs traditionnels. Se rattachent encore à ce mode d'écriture trois beaux romans historiques : La Solitude de Kerith (The Brook Kerith, 1916), hérétique « vie de Jésus », Héloïse et Abélard (1921), Aphrodite in Aulis (1930), trois œuvres où l'on retrouve Moore fidèle à lui-même, ennemi de tous les dogmatismes tyranniques et voyant dans les arts l'activité humaine la plus haute.

L'écrit autobiographique chez Moore est complexe : rêverie de remémoration émue ou fière, auto-ridiculisation, satire d'autrui s'y marient avec des nuances diverses. En témoignent les Confessions d'un jeune Anglais (Confessions of a Young Man, 1888), les Mémoires de ma vie morte (Memoirs of my Dead Life, 1906) et Salut et adieu (Hail and Farewell, 1911-1914), chronique héroï-comique de la renaissance littéraire irlandaise.

L'activité critique que Moore poursuivit toute sa vie tendait à se confondre, en son âge mûr, avec l'autobiographie. Au temps où il luttait contre les conventions victoriennes, ses réactions étaient déjà impressionnistes. Des livres tardifs comme Aveux (Avowals, 1919) et Conversations in Ebury Street (1924) se présentent ouvertement comme l'autobiographie du critique. Tout n'est pas caprice cependant. C'est le poids de l'expérience acquise au prix d'un labeur incessant qui finalement conduira le vieil écrivain à affirmer que le choix des mots considérés comme objets sensuels est la condition essentielle de la permanence de l'œuvre (Pure Poetry, 1924).

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Rennes-II-Haute-Bretagne

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Jean NOËL, « MOORE GEORGE AUGUSTUS - (1852-1933) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/george-augustus-moore/